Aujourd'hui j'ai fait ma première attestation "trans".

Ça m'a fait un peu flipper de savoir que j'étais sur une "liste blanche" de psy safe. Non que je ne veuille pas l'être, mais bonjour la pression, je n'y connais rien au fond, être une gouine militante ne me donne pas des qualités spéciales pour aider des trans. Alors j'ai voulu comprendre, ce que pouvait bien être la dysphorie, connement, tout en sentant que quelque chose clochait dans ma démarche. Et je remercie ce jeune homme de m'avoir donné de son temps hier. Je suis repartie avec une petite phrase finalement plus satisfaisante que toute autre explication. "C'est juste moi"

Alors aujourd'hui, quand je suis allée la chercher dans ma salle d'attente, j'ai tendu ma main, fait mon plus beau sourire et je lui ai demandé comment je pouvais l'aider.

Je l'ai vue se tortiller un peu sur la chaise avant de lâcher qu'elle venait pour une attestation pour son changement d'état civil. Cinquième psy. Les quatre autres ont posé des conditions. Alors j'ai dit oui, tout de suite, en lui disant que ça ne m'appartenait pas, que je n'étais pas légitime.

Après, du coup, on a discuté de qui elle était, pour se connaître, pas pour l'attestation, j'essayais de sentir si ce oui d'emblée suffirait à lui permettre d'être ouverte. Et là encore d'un coup, je me suis sentie crade. De quel droit je voudrais qu'elle soit ouverte avec moi? Mes autres patients, ils viennent d'eux-mêmes, pour eux.

Pas elle. Elle elle vient parce qu'on lui demande qu'un psy atteste qu'elle est bien définitivement et irréversiblement elle. Alors j'ai arrêté de vouloir la connaître, et j'ai donné un peu de moi.

Et puis il a fallu rédiger. On a regardé sur internet pour savoir ce qu'il fallait. J'ai eu la nausée tous les trois mots, et je lui ai dit. J'ai gambergé pour choisir chaque mot, chaque tournure, pour diminuer la charge transphobe par essence de mes mots. J'ai pris conscience que pour l'aider il me fallait donc être complice du système oppresseur.

Quand, galérant avec la facturation sécu, disant que je n'était pas son médecin traitant, encore que ce soit possible... "Je veux bien que vous soyez mon médecin traitant". Je l'ai prévenue que je serais nulle pour l'aider à soigner ses rhumes. Elle a ri.

Et je me suis excusée, sur le pas de la porte, pour ce que notre société lui faisait endurer.

Aujourd'hui, clairement, je me suis sentie dysphorique comme psychiatre. L'injuste et l'humiliant de la loi m'a sauté à la gueule. Et là, pas de doute, j'étais du côté du système oppresseur. Il a fallu choisir.

Je repense à @LlamaTelas, au jeune médecin dont il m'a parlé qui a écrit que les transsexuels étaient des monstres.

J'ai choisi. Je serais du côté des "monstres".

Elle est là, ma place de médecin.