Huit mois que nous sommes séparées. Quatre que nos corps ne se sont plus croisés, noués, serrés. Quelqu'un a-t-il vu, depuis, le regard que je connais? Ces yeux là, cette femme si belle, si forte d'oser être ainsi vulnérable, que personne ne connait, ont-ils osés se montrer? Etait-ce celà, les yeux mouillants de Brel?

Elle est là, dans ma tête. Qui me fera un jour autant confiance? Qui s'abandonnera ainsi à nous? Qui osera être aussi complètement présente, offerte, ouverte ? Personne d'autre qu'elle sans doute. Un bout d'ego aimerait bien me dire qu'elle ne sera ainsi avec personne d'autre, moi qui n'avait de cesse alors que de la voir se révéler au monde...

J'aurais eu, une fois dans ma vie au moins, ce degré de connexion là. Ce truc fou, si beau, qui aurait pu être magique, et qui nous a juste tuées. Enfin moi en tout cas. Cette connexion si forte qu'elle rendait toute différence impossible, insupportable. Nous n'avons eu de cesse de monter des murs d'une main que nous détruisions de l'autre, des murs pleins de piquants et de tessons amers qui nous coupaient les doigts et nous usaient les coeurs.

La magie était là, chaque fois, au fond du lit. L’âme agit, chaque fois, au fond du lit.

Et le prix était toujours plus cher. Nous voulions tellement fort...

Elle a été malade, des semaines. Et puis moi, plus d'un mois. Un signal d'alerte a résonné dans ma tête. Je ne suis jamais malade, j'ai une santé de fer, une immunité à tout rompre. Tout c'est déglingué comme une série de dominos qui s'effondrent, des nouveaux symptômes, des nouvelles sphères atteintes semaine après semaine. Mon corps me lâchait. Fin du jeu. Plus de vies disponibles. L’inquiétude se partageait à la sérénité apparente de notre relation, aux projets de bébé.

Une étincelle s'est transformée en brasier. J'ai dit stop, trois fois. Elle a continué. A chaque fois. Jusqu'à m'insulter...devant ma fille. Le pas de trop. Ce que je ne pouvais faire pour moi, j'ai su le faire pour elle. J'ai fait mes valises, je l'ai prise sous mon bras, et je suis partie.

C'est dur.

J'ai commencé à revivre après une dizaine de séances d'EMDR passées à trembler et à pleurer non stop, traversée de d'émotions sans nom ni visage. Je suis redevenue le moi joyeux léger et ouvert. Un moi vulnérable, pas taillé pour la méchanceté. Un moi sans colère.

J'avais baissé les armes. Le corps un peu ailleurs sans doute.

Hameçonnée par trois textos gentils, j'ai replongé. Je revois ses yeux, je ressens l'envie de sa peau. Je n'oublie rien, ni le passé ni les pensées. J'aime une fille qui n'a rien à donner à qui je ne peux plus rien donner. Voie sans issue. j'entend déjà la psy de l'autre fois lancer "immature et infantile".

C'est quoi l'amour?