Parfois je m'imagine sans vie, et j'en imagine une nouvelle.

Comme si je me réveillais un beau jour avec une nouvelle identité, plus d'attaches nulle part. Où irais-je, que ferais-je, nouvelle née adulte?

Étrangement seule, il n'y a pas grand monde dans les images de ma tête. La garrigue, des chevaux, des livres. Une maison de pierres et de bois, claire, chaleureuse et une hôte détachée, bienveillante.

Les autres sont flous, rapports cordiaux et certainement pas intimes. Il y a mes pas et le bruit du thym sous mes pas. Vieilles réminiscences de ma prime enfance dans les montagnes varoises, au pays de mon tonton cacaboudin, le temps de l'insouciance, de la sécurité... va où tes pas te portent, nous serons toujours là pour veiller sur toi...

J'ouvre les yeux et je vois. L'évitement. Ne pas s'exposer à la douleur, à la culpabilité. Plus jamais le monde ne sera simple. Je ne suis plus seule. Mes pas résonnent dans les vies de ceux qui m'aiment, dans celles de ceux qui me sont liés.

Et ma fille, ce petit bodhisattva, à qui je dis un soir qu'elle prenne soin d'elle, qui tend sa minuscule main vers mon visage, plonge ses yeux noirs dans les miens, "et de toi".

Non, le monde ne sera plus jamais simple. Il peut juste être riche et fort de gestes et de paroles importantes.