Madame X est revenue, à toutes ses consults avec moi. !je ne l'ai plus croisée aux urgences, ni en hospit. Je lui ai proposé de travailler en groupe avec d'autres patients, et le hasard du calendrier a fait qu'elles étaient là, mes cinq patientes. Une souffrant de deuil traumatique carabiné, une autre borderline vieillie soit disant gravissime, une souffrant d'un trouble de l'adaptation et une victime de harcelement au boulot, perpétuellement dissociée depuis plusieurs années et avec des symptômes neurologiques conversifs, qui m'a beaucoup appris sur moi. Il faudra que j'en parle. Un jour, demain peut-être.

Le groupe a été difficile pour madame X, qui avait parfois du mal à saisir les exercices proposés. Pourtant, elle était là, à chaque fois. La patiente avec le trouble de l'adaptation a tout pigé dès la première séance. Elle a joué le jeu à l'extérieur et elle est devenu une super cothérapeute. Et le jour où une grosse vague de douleur est arrivée, elle a encaissé le choc et pu l'accueillir sans devier de sa route et des valeurs qu'elle voulait incarner. Un bel exemple pour les autres. Madame X, inlassablement, répétait qu'elle "n'avait pas réussi". Pourtant, à la maison ça allait et elle retrouvait le comportement qu'elle voulait avoir de sa place de mère.

Et puis boum, grosse merde, tous les actes courageux qu'elle avait posé ont été balayé d'un revers de main par les services sociaux. De notre point de vue, c'était assez incompréhensible. Pourquoi lui refuser de simplement voir un gamin qu'elle avait élevé plusieurs mois, et bien, et son petit fils par dessus le marché? La colère, la douleur ont repointé le bout de leur nez. Les idées suicidaires sont revenus au galop, avec un risque suffisamment sérieux pour qu'elle soit hospitalisée sous contrainte par mes collègues.

Je l'ai vue envahie comme jamais jusque là. Une rage de douleur pure. Alors j'ai refusé de lever la mesure de contrainte, et j'ai même du la retenir physiquement quand elle a essayé de profiter de ma sortie pour fuguer. Étrangement, moi, je l'ai vue se jeter à mes pieds, et j'ai pu facilement la contenir tenant la porte d'une main et la patiente de l'autre bras en attendant que les infirmières arrivent. Alors on l'a consolée, cajolée... et j'ai levé le lendemain où tout avait magiquement disparu.

D'autres vagues sont venues.

"J'étais pas bien, j'ai eu des idées suicidaires... alors je me suis mise dans mon canapé, puisque ça passe toujours le lendemain, ça sert à rien de prendre des cachets, je me suis mise dans mon canapé et j'ai attendu que ça passe."

Reconnaître, accepter, défusionner, prendre soin de soi au passage...

Elle avait donc compris?

Quand on a repris les chiffres des hospitalisations... 13 l'année précédente, 3 là, dont deux avant qu'on commence à bosser ensemble.

Ai-je rempli ma part du défi? A la dernière séance j'ai annoncé ce que certaines avait appris d'ailleurs. Mon départ, non souhaité. Le vent de la révolte a soufflé trés fort dans le groupe, comme il avait soufflé pour moi à l'annonce. Très très bon exercice ça. J'en ai eu pleins des émotions pas agréables là... Ralentir, observer, choisir. Ne pas se laisser envahir par le côté obscur et basculer dans la violence. Alors je leur ai raconté mes émotions, mes pensées... et la personne que j'avais envie d'être et le comportement que j'avais choisi. Et je leur ai proposé de trouver des manières d'agir qui restent en accord avec leurs valeurs, de s’entraîner là, maintenant, à accueillir leur colère et leur déception.

Le directeur a reçu quelques lettres.

Je n'ai pas eu la suite, j'espère que ça laissera une petite trace dans un coin de sa tête, que cette petite graine en 7 séances sera bien arrosée et portera ses fruits...