Me voilà devant la page blanche et les pensées qui s'affolent. J'aime écrire. Avant j'étais lue. Je me sentais plutôt douée, capable de jouer. Et puis le chaos est venu. Ça rend certains brillants. J'ai arrêté d'écrire, j'ai arrêté de lire. Adieu la musique des mots. Me voilà gauche, encore un peu vide et quasiment honteuse. J'ai la pensée que... je ne sais plus écrire, que je n'ai plus rien à dire. Toute une litanie qui tourne tourne tourne... et me paralyse. Ah non, ça, c'est moi, qui choisit, plutôt que la peur, plutôt que la honte, le silence. Pas ce soir. Ce soir je suis là, avec mes pensées et mon amour des mots. Ce soir j'emmerde la fatigue, la tristesse et mes auto-critiques. J'aime être là, c'est important pour moi. Comme un entrainement, pas à pas, retrouver les gestes, les sons, les rythmes... En réeduc. Je suis en rééducation d'écrire. Alors les couacs et les formules moches, ça fait partie du jeu. Pratiquer-faire des erreurs-avancer. Retrouver des contraintes pour nourrir ma créativité, quelques idéaux à défendre, des cordes émotionnelles à pincer... d'abord les miennes. Ping! Une nouvelle pensée me fracasse "je ne suis plus capable de sincérité" paf, sa jumelle m'informe que pas plus pour la légèreté. Ah bah je serais lourde alors, je ne veux plus faire silence. Je vois bien pourtant que le reste de ma pensée s'est étiolée sous cette double frappe, guère chirurgicale... Flute, je ne veux pas abandonner là dessus et je vois bien que d'un coup j'ai plein de choses à faire qui vont m’éloigner de ce clavier. J'essaie de retrouver ce qui me nourrissait avant... d'autre que mon narcissisme démesuré. Ah, bien cachée celle-là de critique... "je ne suis plus qu'un nombril vide"; Ouais, et alors ai-je envie de te dire, j'ai bien le droit d'être un narcisse bruyant. Et v'la que je commence à interroger mes motivations, encore une stratégies sous-tendue de mépris pour m'éloigner du clavier. Je suis là, mes chères pensées. Je vous vois, avec vos petites ruses minables. C'est ok pour la peur, ok pour la honte, ok pour le jugement. Je suis là et je vous expose. Je me donne le droit d'écrire, de retravailler, de réapprendre. De me retrouver.