Je suis rentrée tard du boulot. J'ai fait raté une réunion à la nounou qui faisait les 100 pas dans le parc devant la maison avec pepinette, manifestement enervée par mon retard. "Elle est fatiguée, ça fait un moment qu'elle pleure". Pepinette ne pleure quasiment jamais. S'allume dans ma tête qu'elle a du percevoir la tension et le manque de disponibilité de sa nounou. Nous voilà à la maison à 19h... hier déjà elle était cuite et j'ai fait sauter son bain, elle était trés triste et je lui ai promis qu'aujourd'hui on prendrait un bain ensemble. Oui, elle a 19 mois et je lui fait ce genre de promesses. "Mais il est tard". Je suis un peu obsédée par le manque de sommeil, et fait tout pour respecter scrupuleusement son heure de coucher... j'ai la tête farcie de "elle va être fatiguée" "elle est fatiguée"... Je sens bien que moi aussi je suis un peu énervée par ma journée.

"Ralentir, Observer, Choisir".

Qu'est-ce que je veux offrir comme mère à cette petite? Une mère disponible, présente, à l'écoute de ses besoins. "Tu veux manger ou prendre le bain?" Elle va se mettre à table en faisant des bruits de bouche, je prend ça comme une réponse. Elle s'arrête, gentiment mais fermement au 3/4 de son plat. Et pour une fois, je n'insiste pas. J'ouvre l'eau, et l'eau chaude envahit la baignoire, ce cimetière géant de jouets en plastique qui retrouvent une 36millième vie. A l'eau la crapouille. Elle saisit mon jean et essaie de me déshabiller. Elle n'a pas oublié, et elle a probablement plus besoin de ce moment que d'une demie-heure de sommeil. Au diable mes pensées! Quarante minutes dans le présent, sans pensées, juste à vivre et à jouer avec cette petite merveille. Bordel, que c'est chouette. Je suis là, complètement là, la mère que j'ai envie d'être pour elle. On joue, je la vois tester, découvrir, explorer, réussir. Grandir. Je sors, elle demande à sortir aussi, se laisse habiller sans difficultés aucune, me prend le visage dans ses deux petites mains et m'embrasse partout avec des petits bruits et beaucoup de tendresse. Ma fille, ce grand bloc d'amour qui sait encore si bien recevoir et donner.

Pour la peine, elle est retournée finir son assiette, a demandé du chocolat, pleurant devant mon refus et rapidement trouvant une alternative: des céréales au chocolat. son bib, d'abord à table, puis dans le lit du grand, déjà en vacances, avec moi contre elle à lui parler, à lui dire combien j'étais heureuse de se moment, lui caressant la joue, embrassant ses cheveux... et dans son petit lit de bébé, les dernières caresses, les derniers mots doux jusqu'à demain matin....

Ciel, elle est au lit 15 minutes après l'heure! Cette pensée là n'est même pas venue, son germe balayé par la richesse de ce moment là...

"Ralentir, Observer, Choisir"