C'est sans doute vrai. Son parcours, son "étiquette", et celles de sa famille, parlent pour lui. Il est venu demander de l'aide, et c'est tombé sur moi; Et c'est vrai, il est obséquieux, dans la séduction. Et alors? Il m'offre ce qu'il a de meilleur dans son registre comportemental. Il laisse tomber l'agressivité, les menaces, et ça n'est pas assez. "C'est un psychopathe, ça pourrait revenir, on a peur". Il a respecté les règles, les horaires, les traitements, la politesse. Ça n'est pas assez. Qui a bu boira. Et c'est à moi alors, puisque je suis son médecin, d’arrêter la prise en charge parce que l'équipe se sent en insécurité. C'est pas comme ça qu'on va diminuer son sentiment de persécution et son filtre cognitif sur ce monde hostile où quoi qu'il fasse, il reste un "psychopathe manipulateur" malmené, et malmenant. Qu'il se dise lui-même mieux sous neuroleptiques, qu'il soit halluciné, que ceux qui l'ont croisé "dehors" l'aient vu persécuté n'y change rien. Pas assez fou et trop méchant pour "nous". Et me voilà entre le marteau et l'enclume, incapable de rassurer l'équipe, réfugiée derrière "c'est pas soignant mais c'est plus fort que nous" "je le sens pas". Imposer des soins où ils vont être rejetants, me couper d'eux n'est pas une option, est-ce qu'abandonner mon patient en est une?