Aux nombrils des mondes

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Les grands détours

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lundi 13 juin 2016

16 ans en psychiatrie

On ne se connaît pas depuis très longtemps. Elle m'a demandé si je pouvais lui tenir la main. Alors j'ai pris sa main, et j'ai serré, à sa demande, comme un point d'ancrage. Et j'ai vu les larmes couler, silencieusement. J'ai attendu qu'elle puisse me lâcher. Oh, ça a bien du durer, allez, 3 minutes?

-Est-ce qu'on peut retrouver la mémoire des moments où on était sous traitement?

Je lève des yeux interrogatifs vers elle en lui disant que non, on ne peut pas, que la mémoire coupe les infos en petits morceaux et les mélange...

- J'avais 16 ans, ils m'ont mise dans une chambre d'isolement, avec même pas un lit, ils m'ont mise entièrement nue, m'ont fait une injection, et chaque fois que je me suis réveillée ils m'ont refait une injection, pendant 48h. Je suis restée nue, je n'ai pas mangé, je n'ai que dormi... et je ne sais pas ce qui s'est passé. Je sais juste que c'était deux infirmiers. Je n'ai pas vu de médecin, il a signé les prescriptions après coup, devant moi, quand c'était fini.

Ça tourne en boucle. Pourquoi nue, que s'est-il passé? Et ça fait longtemps que ça tourne.

Je ne peux pas lui répondre, et j'ai du mal à contenir ma propre colère. Elle n'est même pas assez là pour être en colère elle.

-J'ai l'impression d'avoir perdu quelque chose de moi là-bas et je ne sais pas ce que c'est, lâche t-elle tristement

Je pourrais vous dire combien son histoire d'avant est déjà terrible, ou ce qu'elle avait bien pu faire. Genre, elle était pas trop courte sa jupe?

Rien ne justifie un tel traitement, dans un endroit où on est sensée trouver des soins et de la sécurité. Comment peut-on décérébrer des soignants à ce point pour qu'ils ne perçoivent même plus l'horreur de leurs prises en charge?

C'est une fille, elle a 16 ans, elle souffre d'anorexie.

Je me creuse la mémoire pour répondre, j'ai juste la nausée. Je réfléchis que la seule autre personne dont j'ai eu connaissance qu'on lui ai imposé la nudité intégrale est aussi une fille, et aussi anorexique. Ça avait révolté l'équipe, qui avait mené l'enquête pour trouver d'où venait cette consigne. Du médecin... une femme.

Et je rentre chez moi quand une autre histoire me revient.

Elle a 16 ans aussi. Son papa est un grand professeur, avec de grandes ambitions politiques. Et avec son adolescence tapageuse, elle fait désordre. Alors papa s'est arrangé avec un de ses amis professeur de psychiatrie. pour la soigner... dans un service de psychiatrie d'adultes fermé, vétuste au possible, déserté sur le plan médical. C'est les internes du service, horrifiés, qui ont lâché le morceau à l'internat, incapables de comprendre. Elle a 16 ans, une "bonne famille", pas de trouble psychiatrique patent, que fait-elle là?

Elle a 16 ans, elle fatigue maman et elle gène papa...

Nous pouvons faire autrement.

Elle a 16 ans, un TCA, un trouble bipolaire, des antécédents de trauma sexuel intrafamilial banalisé par les parents, aussi dissociés qu'elle et terriblement toxiques. A plusieurs reprises, je ne l'ai pas laissée sortir de mon bureau, sure qu'elle n'arriverait pas chez elle vivante. A chacune de ses hospitalisations, on a fait du nursing, physique, psychique, des règles sur-mesure, on s'est relayé sur les entretiens d'autant plus qu'elle lâchait tout et nous demandait de la laisser mourir et d'utiliser notre énergie pour des gens qui pouvaient être sauvés. On a travaillé "avec", à chaque instant, en ouvert, avec confiance et respect.

A l'heure qu'il est, elle a du avoir son diplôme de psychologue. J'espère qu'elle n'oubliera pas dans sa pratique ce qu'elle m'a renvoyé de la mienne. Que le geste le plus aidant, en trois ans, c'est le jour où je l'ai prise dans mes bras, la réintégrant dans le monde des humains. Comme un être humain que je reste, sous mes habits de psychiatre.

Et quand les psychiatres sont dépassés, les humains peuvent toujours aimer.

dimanche 21 février 2016

Once again

Il y a 5 semaines, sur un drôle d'alignement planétaire, des petites blagues irrationnelles, j'ai décidé de faire un truc un peu fou, imprévu, alors que l'idée générait un nombre certains de peurs et de prévisions catastrophistes.

Il y a 15j, je l'ai fait. Une insé, à la maison, pour voir, pour laisser la vie à sa chance, la chance à la vie. Juste une. Comme au poker.

Je sais bien, à mon age, seule, avec une gamine, au moment où je monte mon cabinet, c'est du suicide dit la raison. "Essayons" a dit le coeur, et je l'ai suivi.

Mes seins ont gonflé et j'ai pris 6cm de tour de poitrine en une journée, à j8. L’appétit s'en est allé faire un tour, emmenant 2kilos avec lui en moins d'une semaine, l'odeur de la viande morte à la boucherie a été une agression suprême, et j'ai senti mes ovaires travailler à fond.

Mon teint radieux a questionné une de mes amies sur skype. Vendredi soir.

Je n'ai pu m’empêcher d'être heureuse. Je l'ai même dit, ne sachant combien de temps cela durerait, pour pouvoir partager mon bonheur.

Des traces d'hormones sur un test jeudi soir, un peu plus vendredi soir, bordel, j'ai commencé à y croire. Et samedi soir, la bande avait disparu, dimanche matin elle était là à nouveau, faible. Autant pour le "ça double toutes les 48h". Non, pas là manifestement. Voilà, je vois cette fausse-couche en direct live. La 5eme? 6eme? du genre.

Ce soir, aux toilettes, il y a des traces de vieux sang. Juste assez pour me rappeler les mauvais souvenirs. Il y a 8 ans, quasi jour pour jour, j'étais enceinte. 10 semaines plus tard, c'était fini. Une longue suite de fausses couches ultra précoces derrière. Juste de le temps d'être enceinte. Juste le temps d'y croire. Jusqu'à faire éclater mon couple d'alors.

Je me raconte dès tas d'histoires, du style il y en avait deux et y en a un qui s'est raté, n'importe quoi pour y croire encore.

La raison, l'expérience savent. Le cœur refuse. Poulette n'est pas là, je vais pouvoir être triste tranquille.

Et je réalise alors combien exceptionnelle est cette enfant d'avoir réussi à s'accrocher, il y a 5ans quasi jour pour jour...

Ma fille, qui sera peut-être la seule.

mercredi 6 janvier 2016

Elle

Huit mois que nous sommes séparées. Quatre que nos corps ne se sont plus croisés, noués, serrés. Quelqu'un a-t-il vu, depuis, le regard que je connais? Ces yeux là, cette femme si belle, si forte d'oser être ainsi vulnérable, que personne ne connait, ont-ils osés se montrer? Etait-ce celà, les yeux mouillants de Brel?

Elle est là, dans ma tête. Qui me fera un jour autant confiance? Qui s'abandonnera ainsi à nous? Qui osera être aussi complètement présente, offerte, ouverte ? Personne d'autre qu'elle sans doute. Un bout d'ego aimerait bien me dire qu'elle ne sera ainsi avec personne d'autre, moi qui n'avait de cesse alors que de la voir se révéler au monde...

J'aurais eu, une fois dans ma vie au moins, ce degré de connexion là. Ce truc fou, si beau, qui aurait pu être magique, et qui nous a juste tuées. Enfin moi en tout cas. Cette connexion si forte qu'elle rendait toute différence impossible, insupportable. Nous n'avons eu de cesse de monter des murs d'une main que nous détruisions de l'autre, des murs pleins de piquants et de tessons amers qui nous coupaient les doigts et nous usaient les coeurs.

La magie était là, chaque fois, au fond du lit. L’âme agit, chaque fois, au fond du lit.

Et le prix était toujours plus cher. Nous voulions tellement fort...

Elle a été malade, des semaines. Et puis moi, plus d'un mois. Un signal d'alerte a résonné dans ma tête. Je ne suis jamais malade, j'ai une santé de fer, une immunité à tout rompre. Tout c'est déglingué comme une série de dominos qui s'effondrent, des nouveaux symptômes, des nouvelles sphères atteintes semaine après semaine. Mon corps me lâchait. Fin du jeu. Plus de vies disponibles. L’inquiétude se partageait à la sérénité apparente de notre relation, aux projets de bébé.

Une étincelle s'est transformée en brasier. J'ai dit stop, trois fois. Elle a continué. A chaque fois. Jusqu'à m'insulter...devant ma fille. Le pas de trop. Ce que je ne pouvais faire pour moi, j'ai su le faire pour elle. J'ai fait mes valises, je l'ai prise sous mon bras, et je suis partie.

C'est dur.

J'ai commencé à revivre après une dizaine de séances d'EMDR passées à trembler et à pleurer non stop, traversée de d'émotions sans nom ni visage. Je suis redevenue le moi joyeux léger et ouvert. Un moi vulnérable, pas taillé pour la méchanceté. Un moi sans colère.

J'avais baissé les armes. Le corps un peu ailleurs sans doute.

Hameçonnée par trois textos gentils, j'ai replongé. Je revois ses yeux, je ressens l'envie de sa peau. Je n'oublie rien, ni le passé ni les pensées. J'aime une fille qui n'a rien à donner à qui je ne peux plus rien donner. Voie sans issue. j'entend déjà la psy de l'autre fois lancer "immature et infantile".

C'est quoi l'amour?

lundi 30 novembre 2015

Des pendances affectives

Elle est mignonne, la psychiatre. Pas moi, non, l'autre, celle que j'ai vue pour avoir un œil professionnel sur mon humeur.

Bah tout ça n'est qu'un chagrin d'amour. En filigrane une dépendance affective selon elle. Puisque j'ai "toujours été en couple". Puisque j'ai tout quitté, amis, famille, boulot, pour une amoureuse.

Aujourd'hui, je ne suis pas en couple. J'ai tout quitté, tout ce que j'avais construit à nouveau, dans l'autre sens. Évidemment, on ne retrouve pas ce qu'on a laissé en partant. Les liens les plus distants, les plus souples, sont ceux qui ont le mieux résisté, avec les liens pros.

Aujourd'hui, je loue un appart lumineux et immense pour ma fille, mon chat et moi. Et quelques poissons rescapés. Des livres. Des fleurs. Un piano. Ma combi de plongée, nos skis, nos affaires de cheval, quelques clubs de golf sagement rangés qui signent mieux que tout combien nous n'appartenons déjà plus au commun des mortels... Le gentil technicien d'EDF s'était écrié "oh, on pourrait mettre trois familles ici". Je n'ai pas osé dire que nous serions deux. Des tas de petits sachets de chez Kokopelli. Des magnets du Parti Pirate sur le frigo, quelle snob, je pourrais aller au NPA. Peut-être qu'ils ne voudraient pas de moi, comme le crédit coopératif qui refuse mes sous.

"Êtes-vous capable de vivre seule?"

Capable? Certainement, oui, je vais savoir mener ma barque, prendre soin de marmousette. Travailler, gagner de l'argent, beaucoup plus que la plupart des gens. C'est indécent. En même temps, je suis une femme, seule, et mère. Je vais travailler moins, pour investir d'autres champs, au propre comme au figuré. Ou pas, et j'vais faire du fric et d'la déprime. Possiblement les cumuler.

Sauf que je trouve ça nul, triste. Je pourrais avoir plein d'amis, une vie sociale plus riche, réouvrir ma maison. Oui, ce serait un bon début quelle que soit la suite. J'ai plein d'idées séduisantes, utiles, et je ne sais pas trop encore avec quel courage elles vont avancer. Y en a de toutes les tailles et tous les budgets, il faudra juste choisir à un moment. Ça fera une vie riche. N'empêche.

J'aime aimer. Il n'y a rien à faire. J'aime avoir des gens à choyer, à câliner, des je t'aime à distribuer tout au long de la journée.

C'est ce qui me manque le plus. Aimer.

C'est moche.

Tout cet amour à donner qui tombe dans l'oubli.

samedi 23 août 2014

Les mains sales

Je tombe sur un vieux billet de KnackieSF et un lien vers un article sur un "artiste" qui se vante et raconte tout excité comment il a violé une masseuse, tout en déniant que ce soit un viol. Je n'ai même pas regardé la vidéo de la scène et je suis repartie à ma cuisine en maugréant comme madame Michu sur ce "connard".

Et là je m'entend lui proposer d'imaginer que cette masseuse, c'est sa fille. Evidemment j'ai tout un tas de stéréotypes qui se dressent sur le fait que de toute manière ce connard n'est pas capable d'aimer. Comme si les violeurs étaient des monstres sans coeur. Comme ce serait rassurant... Mais non, les violeurs c'est vous, c'est moi, c'est tous ceux qui ont saisi l'occasion de faire les larrons au détriment d'un plus faible. Ouais, ok, souvent une. Ne me demandez pas pourquoi, comment. Sans doute qu'on les a éduqué comme ça, qu'on leur a bien appris que c'était un excellent outil de pouvoir. Bref...

Je me questionne sur ma propre pensée. Pourquoi ne pas lui proposer, en guise d'explication, comme certains commentateurs (des hommes) d'être lui-même violé? Pourquoi passer par un tiers et le sentiment pour un tiers?

Parce que je suis plus atteinte par ce qui arrive aux autres? Ma femme ma fille et toutes mes soeurs?

Manifestement, je suis toujours dissociée. Le viol déshumanise si bien que je n'existe pas, et que je projette sur ce connard cette impossibilité à ressentir pour soi. J'ouvre les yeux sur ce froid et ce vide à l’intérieur de moi, cette coquille polie, brillante et souriante dehors, ce coeur qui n'est plus capable que d'empathie pour autrui, et ce mur de colère qui se lève si fort parfois, sans que je comprenne pourquoi...

La dissociation, mon dada, ce truc que je lève si bien avec mes patients? Là, sous mon nez, mes propres yeux crevés? Et ma très chère qui s'étonne juste après l'orgasme "tu es toujours si maître de toi, nickel..." Je me souviens des fois où je ne l'ai pas été, recroquevillée, en larmes, après l'amour, sans pouvoir mettre un mot, un son ou une image sur ce qui m'arrivait. La dissociation, c'est plus confortable. J'arrive à n'être là que pour l'autre, branchée sur tous ses sens. C'est mon état de base en ce moment, et depuis un moment je le crains.

Je n'ai même pas de souvenirs. Une image, d'une petite blonde aux cuisses écartées et d'un grand père aux doigts sales, pleins de terre. J'ai longtemps hésité: la blonde c'était moi ou ma tante, celle dont personne n'ose dire l'histoire? Etait-ce une reconstruction dans ma tête d'enfant?

J'ai longtemps regardé mon grand pere de biais. Celui qui me restait. L'autre, le violent, l'infidèle, l'incestueux, on ne me l'a pas laissé voir seule. Deux fois dans toute une vie, chaperonnée par tous mes cousins cousines. Je me souviens de ma robe bleu marine, et de mon col claudine, la deuxième fois. Bref, pépé, il a un peu morflé. J'ai même balancé à ma mère que peut-être il m'avait agressé, que je ne lui avais pas adressé la parole de 5 à 10 ans -on vivait dans la même maison!- et qu'aucun ne semblait s'être questionné. "Je ne sais pas, je suis désolée" a t-elle dit, continuant sa vaisselle.

Et puis il y a quelques mois, je suis allée présenter ma fille aux voisins. qui frisent dangereusement les 90 ans. Il etait là, mon voisin de mon enfance, l'adorable monsieur M, le paysan si gentil, si gentil. Et je l'ai vu regarder ma fille, mon bébé de fille de 2 ans, si gentiment. Et je me suis sentie mal, si mal à l'aise... après. Je n'ai pas recollé les morceaux. Sa tête colle bien dans l'image. Les doigts pleins de terre aussi.

Je me souviens des autres agressions. Je me souviens de la directrice de colo qui aurait du me défendre et qui m'a renvoyé que je n'avais pas qu'à m'isoler.

Je me souviens que je ne me souviens plus de ce qui s'est passé quand un mec est rentré dans ma piaule alors qu'un autre venait de glisser sa tête entre mes cuisses. Je me suis reveillée, transie de froid, coincée entre le mur et le type en calbut. On en n'a jamais reparlé, on est devenus amis, on a fait médecine ensemble, on a couché avec la même fille, lui beaucoup plus longtemps que moi!

Probablement que là aussi j'ai du me dissocier sévère.

En écrivant, ce soir, au moins, je sais pourquoi je ne supporte pas les mains sales.

vendredi 4 juillet 2014

pas d'passé, pas d'av'nir

Parfois je m'imagine sans vie, et j'en imagine une nouvelle.

Comme si je me réveillais un beau jour avec une nouvelle identité, plus d'attaches nulle part. Où irais-je, que ferais-je, nouvelle née adulte?

Étrangement seule, il n'y a pas grand monde dans les images de ma tête. La garrigue, des chevaux, des livres. Une maison de pierres et de bois, claire, chaleureuse et une hôte détachée, bienveillante.

Les autres sont flous, rapports cordiaux et certainement pas intimes. Il y a mes pas et le bruit du thym sous mes pas. Vieilles réminiscences de ma prime enfance dans les montagnes varoises, au pays de mon tonton cacaboudin, le temps de l'insouciance, de la sécurité... va où tes pas te portent, nous serons toujours là pour veiller sur toi...

J'ouvre les yeux et je vois. L'évitement. Ne pas s'exposer à la douleur, à la culpabilité. Plus jamais le monde ne sera simple. Je ne suis plus seule. Mes pas résonnent dans les vies de ceux qui m'aiment, dans celles de ceux qui me sont liés.

Et ma fille, ce petit bodhisattva, à qui je dis un soir qu'elle prenne soin d'elle, qui tend sa minuscule main vers mon visage, plonge ses yeux noirs dans les miens, "et de toi".

Non, le monde ne sera plus jamais simple. Il peut juste être riche et fort de gestes et de paroles importantes.

lundi 22 avril 2013

"psychopathe manipulateur"

C'est sans doute vrai. Son parcours, son "étiquette", et celles de sa famille, parlent pour lui. Il est venu demander de l'aide, et c'est tombé sur moi; Et c'est vrai, il est obséquieux, dans la séduction. Et alors? Il m'offre ce qu'il a de meilleur dans son registre comportemental. Il laisse tomber l'agressivité, les menaces, et ça n'est pas assez. "C'est un psychopathe, ça pourrait revenir, on a peur". Il a respecté les règles, les horaires, les traitements, la politesse. Ça n'est pas assez. Qui a bu boira. Et c'est à moi alors, puisque je suis son médecin, d’arrêter la prise en charge parce que l'équipe se sent en insécurité. C'est pas comme ça qu'on va diminuer son sentiment de persécution et son filtre cognitif sur ce monde hostile où quoi qu'il fasse, il reste un "psychopathe manipulateur" malmené, et malmenant. Qu'il se dise lui-même mieux sous neuroleptiques, qu'il soit halluciné, que ceux qui l'ont croisé "dehors" l'aient vu persécuté n'y change rien. Pas assez fou et trop méchant pour "nous". Et me voilà entre le marteau et l'enclume, incapable de rassurer l'équipe, réfugiée derrière "c'est pas soignant mais c'est plus fort que nous" "je le sens pas". Imposer des soins où ils vont être rejetants, me couper d'eux n'est pas une option, est-ce qu'abandonner mon patient en est une?