Aux nombrils des mondes

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lundi 24 mars 2014

Jeune, jour 5

J'ai bossé sans trop de soucis, seul médecin sur place, tous les patients pour moi et toute l'équipe. Pas de temps mort, pas de blabla, plutôt efficace. J'ai même eu un "merci, vous m'avez sauvée" plein d'emphase de la même patiente qui était totalement persécutée la semaine passée, bourrée d'hallus et tout le tremblement. Je ne suis plus une blanche raciste, ni une femme jalouse de sa beauté qui cherchait à la faire s'eteindre. Merci l'amilsulpride, efficace en 48h et sans effet secondaire.

Je me suis même fadée une réunion avec la direction où j'ai pas arrêté de l'ouvrir. On va voir s'ils font les changements qu'ils ont du coup annoncé. La financière a reconnu que les indicateurs qu'ils utilisaient n'avait pas grand sens au vu de notre travail, et du sens de celui-ci. D'ici à ce qu'ils se posent des questions. Je me suis amusée à regarder les chiffres non sous l'angle comptable mais sous l'angle qualité des soins, et là, ah bah mes collègues avaient bien bossé...

Mais, il y a toujours un mais.

Je ne sais pas si ça a un rapport. J'ai failli m'emplatrer un arbre. En me garant. j'ai tourné dans la place et puis titine a bondi, sauté le trottoir et foncé dans l'arbre. J'ai retrouvé le frein in extrémis. Plus de peur que de mal. J'ai appuyé sur l'accélérateur. A la place du frein. Jamais arrivé depuis que je conduis. J'ai bien flippé.

Ce matin j'ai senti des troubles du rythme, et là je suis assez sure du lien de causalité, j'en avais eu lorsqu'en faisant une diète hyperproteinée j'avais flinguée ma thyroide, basse T3 liée au jeune et hypothyroidie par surcharge en iode parce que je me goifrais de chou et d'eau de mer... Cette aprem j'ai vérifié, tout allait bien.

Alors j'hésite, est-ce prudent de conduire 100 bornes par jour à jeun depuis 5j? Meme si la cétose tourne bien et que ma glycemie se maintient? Les corps cétoniques me bousillent-il les neurones? Je m'en vais vérifier de ce pas, loin des sites extrémistes qui vantent les mérites du jeune... Enfin, je vais commencer par reprendre titine pour aller chercher ma très chère qui rentre de son voyage d'affaires...

Le défi - La suite

Madame X est revenue, à toutes ses consults avec moi. !je ne l'ai plus croisée aux urgences, ni en hospit. Je lui ai proposé de travailler en groupe avec d'autres patients, et le hasard du calendrier a fait qu'elles étaient là, mes cinq patientes. Une souffrant de deuil traumatique carabiné, une autre borderline vieillie soit disant gravissime, une souffrant d'un trouble de l'adaptation et une victime de harcelement au boulot, perpétuellement dissociée depuis plusieurs années et avec des symptômes neurologiques conversifs, qui m'a beaucoup appris sur moi. Il faudra que j'en parle. Un jour, demain peut-être.

Le groupe a été difficile pour madame X, qui avait parfois du mal à saisir les exercices proposés. Pourtant, elle était là, à chaque fois. La patiente avec le trouble de l'adaptation a tout pigé dès la première séance. Elle a joué le jeu à l'extérieur et elle est devenu une super cothérapeute. Et le jour où une grosse vague de douleur est arrivée, elle a encaissé le choc et pu l'accueillir sans devier de sa route et des valeurs qu'elle voulait incarner. Un bel exemple pour les autres. Madame X, inlassablement, répétait qu'elle "n'avait pas réussi". Pourtant, à la maison ça allait et elle retrouvait le comportement qu'elle voulait avoir de sa place de mère.

Et puis boum, grosse merde, tous les actes courageux qu'elle avait posé ont été balayé d'un revers de main par les services sociaux. De notre point de vue, c'était assez incompréhensible. Pourquoi lui refuser de simplement voir un gamin qu'elle avait élevé plusieurs mois, et bien, et son petit fils par dessus le marché? La colère, la douleur ont repointé le bout de leur nez. Les idées suicidaires sont revenus au galop, avec un risque suffisamment sérieux pour qu'elle soit hospitalisée sous contrainte par mes collègues.

Je l'ai vue envahie comme jamais jusque là. Une rage de douleur pure. Alors j'ai refusé de lever la mesure de contrainte, et j'ai même du la retenir physiquement quand elle a essayé de profiter de ma sortie pour fuguer. Étrangement, moi, je l'ai vue se jeter à mes pieds, et j'ai pu facilement la contenir tenant la porte d'une main et la patiente de l'autre bras en attendant que les infirmières arrivent. Alors on l'a consolée, cajolée... et j'ai levé le lendemain où tout avait magiquement disparu.

D'autres vagues sont venues.

"J'étais pas bien, j'ai eu des idées suicidaires... alors je me suis mise dans mon canapé, puisque ça passe toujours le lendemain, ça sert à rien de prendre des cachets, je me suis mise dans mon canapé et j'ai attendu que ça passe."

Reconnaître, accepter, défusionner, prendre soin de soi au passage...

Elle avait donc compris?

Quand on a repris les chiffres des hospitalisations... 13 l'année précédente, 3 là, dont deux avant qu'on commence à bosser ensemble.

Ai-je rempli ma part du défi? A la dernière séance j'ai annoncé ce que certaines avait appris d'ailleurs. Mon départ, non souhaité. Le vent de la révolte a soufflé trés fort dans le groupe, comme il avait soufflé pour moi à l'annonce. Très très bon exercice ça. J'en ai eu pleins des émotions pas agréables là... Ralentir, observer, choisir. Ne pas se laisser envahir par le côté obscur et basculer dans la violence. Alors je leur ai raconté mes émotions, mes pensées... et la personne que j'avais envie d'être et le comportement que j'avais choisi. Et je leur ai proposé de trouver des manières d'agir qui restent en accord avec leurs valeurs, de s’entraîner là, maintenant, à accueillir leur colère et leur déception.

Le directeur a reçu quelques lettres.

Je n'ai pas eu la suite, j'espère que ça laissera une petite trace dans un coin de sa tête, que cette petite graine en 7 séances sera bien arrosée et portera ses fruits...

dimanche 23 mars 2014

Jour 4

Quatre jours que je n'ai avalé que de l'eau. Les trois d'avant j'avais progressivement supprimé des classes d'aliments, en commençant par les produits animaux. Et c'est assez net que je me sentais un plus en forme. De là à renoncer à la viande et au fromage.. hum... C'est pas si difficile de ne rien manger, mais c'est parfois frustrant quand le repas sent si bon.. .'ai même fait les courses pour "les autres" et je m'étonnais de mon absence d’appétence pour quoi que ce soit... et puis je suis passée à la caisse... et la note... oh, à peu près le double de d'habitude.

Les petits qui me voient me mettre à table sans manger n'ont guère posé de questions finalement, j'ai dit à la première que je ne mangeais pas parce que je faisais une expérience, et ça a eu l'air de leur suffire. Tous les matins, je fais les pains au chocolat avec eux, et ça sent bon... pourtant j'aurais plus envie de pain frais...

J'ai lu ici et là que les gens après le jeune se dirigeait d'instinct vers les bonnes choses... Pour l'instant mon cerveau reconnait surtout les odeurs de viande grillée, panée avec plein d'épices... et j'ai eu envie de faire des gâteaux, des brioches... En y réfléchissant bien je ne suis pas sure d'être capable de ne pas lecher la pate au fond du plat! alors je me suis abstenue.

Pour l'instant rien ne me laisse penser que j'ai le cerveau plus clair... les émotions, elles, sont bien visibles. Chaque coup de stress, chaque accrochage, chaque dispute déclenche des sensations qui ressemblent à s'y méprendre à la faim. Alors que là, blindée de corps cétoniques, y a pas de raisons que j'ai faim. C'est la chose la plus éclairante que j'en retire. Les émotions mal vécues me donnent faim. Et nul doute qu'elles me fond manger d'habitude.

A part ça, rien de transcendant, une humeur de chiottes aujourd'hui, qui diminue fortement ma motivation à "aller au bout" de mon expérience. Demain j'irais bosser, avec plusieurs échéances pas des moins stressantes... On verra si je persiste, et si je tiens, confinée dans cet environnement fou. qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire les trois midis?

Jeudi, il faudra remanger. Progressivement. Je connais bien le risque, je l'ai découvert à mon insu il y a une quinzaine d'années. Je maudis encore l'endocrino qui m'avait prescrit une diète hyperproteinée sans me dire ce qui se passerai à l'arrêt. Les compulsions. Me jeter sur les glucides sitôt que mon corps y retoucherait, sitôt que le cycle de la cétose se serait arrêté... Savoir, c'est pouvoir.

On verra. J

dimanche 16 mars 2014

Jeune

Ça fait plusieurs jours que ça me trotte dans la tête. Je veux faire un jeune. Je me sens encrassée de partout, ralentie, alourdie. Ma très chère se moque de moi, encore un truc new age, "et toi qui es contre les régimes!"

Oui, je suis contre les régimes, et d'ailleurs de but n'est pas de perdre du poids, même si ça me ferait du bien. J'ai envie de donner l'occasion à mon corps de se réveiller. Je ne le vis pas du tout dans une optique de privation, bien au contraire, je sens que j'ai des choses à y découvrir, maintenant.

Socrate en vantait déjà les mérites, les religions l'ont repris à leur manière, il doit y avoir des raisons.

Pas grand chose à dire si ce n'est que je suis très calme à cette idée, avec déjà l'envie de mettre le réveil à 6h au lieu de 7 pour prendre du temps pour aller marcher, courir et méditer un peu. Une habitude que je pourrais garder au passage.

Histoire d'arroser un peu ce que je veux voir grandir en moi.

mercredi 12 mars 2014

Panique à bord

Les deux premiers ne sont pas venus. Ça me laisse le temps de me présenter à l'interne, d'expliquer comment je travaille... il pose des questions sur les psychothérapies,me voilà intarissable. Et puis il est là. Première fois. Il insiste pour rentrer avec son épouse, et, va savoir pourquoi, je dis oui. Elle n'a pas la tête à parler à sa place, et de fait, elle ne le fera pas. C'est juste son objet contraphobique, et elle écoute attentivement, une main sur son ventre rond. Un premier malaise, un tout con qui passe avec du sucre...

La graine de la peur est semée. Et elle pousse sur ce terrain bien anxieux et un peu frustre, arrosée par les benzos que lui prescrit son généraliste dès le lendemain. Quelques années ont passés. D'évitements en évitements, les malaises se sont répétés. De plus en plus de peur, de plus en plus d'évitements, de plus en plus de malaises... De moins en moins de vie. Plus de boulot, lui qui dirigeait une équipe, plus d'amis, plus de (première) femme ni d'enfants.

Il ne sort plus. assis sur le canapé, il fume, une nouvelle clope toutes les 20 minutes. Et prend des benzos, de plus en plus. Et aussi un neuroleptique à des doses étranges, et un thymorégulateur. J'ai rien, que dalle à l'entretien en faveur d'une psychose ou d'un trouble de l'humeur. On lui a dit "borderline". Le trouble typique qui débute à la trentaine. ah non pardon, pas du tout! C'est qu'il est en colère, et vite frustré de voir sa femme vivre là où il n'est jamais en repos, toujours à craindre un nouveau malaise.

Alors je sors une feuille et prend ma plus belle plume pour dessiner une courbe


  • -ça c'est votre angoisse. Ça monte comme ça, d'un coup?
  • -oui!
  • -et là vous vous dites que vous allez mourir?
  • -oui!
  • -et vous ne mourrez pas, y a un maximum?
  • -c'est vrai
  • -mais c'est long hein
  • -oh ça oui...
  • - et vous vous dites que vous allez devenir fou...?
  • -c'est exactement ça!
  • -et puis ça finit par s’arrêter... et vous êtes épuisé
  • -oui!
  • Il est toute ouïe, et visiblement surpris.
  • -Vous avez tout compris docteur, c'est exactement ça!
  • -Je sais, j'en ai déjà eu même
  • -hein! Et comment vous avez fait?
  • -rien, j'ai rien fait, j'attendais que les crises passent et le reste du temps j'y pensait pas, ça a disparu tout seul (le bon temps de la P1...)

C'est la partie facile. Il comprend assez bien comment ses évitements sous toutes leur forme ont fait grossir le problème. Comment il a nourri sa peur et empêché son cerveau d'apprendre.

On passe par ses valeurs, la vie qu'il voudrait retrouver, ce qui se cache sous les passages à l'acte, la colère d'être ainsi, la frustration des gens "vivants"... Je note ça sur une belle matrice ACT, on parle de surf et de guitare comme métaphore du travail de réappropriation de ses émotions, de commencer facile, par exemple fumer en pleine conscience et faire des exos assez simple, je lui file des docs à bosser.

Il a l'air vraiment là, depuis presque une heure. Lui même n'en revient pas. Il ose répondre quand je lui demande comment il se sent; Stressé. Et sa tête qui lui crie "qu'elle se dépêche que je puisse sortir" Je le remercie beaucoup de me le dire, lui fait remarquer que malgré cette pensée, il est là, assis, présent et impliqué. Il est tout surpris et tout heureux de sa propre honnêteté.

On discute des principes du traitement. le psychothérapique hein... Dès qu'il sera assez aguerri on se lancera dans la diminution des petites pilules... Il pense quand même à me dire, en fin d'entretien, qu'il a besoin d'un certificat de ma blanche main de psychiatre... pour l'allocation adulte handicapé que son médecin a demandé pour lui... J'ai la pensée qu'il n'est peut-être là que pour ça.

Il a l'air motivé, il demande s'il pourrait être guéri pour... la naissance... Reviendra, reviendra pas?

L'interne est content. Il n'aurait pas pensé à expliquer au patient les choses alors qu'on les lui a apprise avec exactement cette petite courbe. Il se marre un peu; je lui ai dit juste avant que j'étais très nulle pour les troubles anxieux. "sauf les troubles paniques parce que ça c'est facile" Et les PTSD. C'est que le trauma c'est un champ à part....

Bref... les benzos, c'est le mal. Je suis un peu frustrée de voir la vie de ce mec dévastée par un truc tout con qui a pourri. Et puis je me recentre, dis, maître du monde mégalo, si tu te concentrais sur le soigner, là où il est, ici et maintenant?

S'il revient... allez, 3 mois, en comptant large?

vendredi 27 septembre 2013

Défusion

Me voilà devant la page blanche et les pensées qui s'affolent. J'aime écrire. Avant j'étais lue. Je me sentais plutôt douée, capable de jouer. Et puis le chaos est venu. Ça rend certains brillants. J'ai arrêté d'écrire, j'ai arrêté de lire. Adieu la musique des mots. Me voilà gauche, encore un peu vide et quasiment honteuse. J'ai la pensée que... je ne sais plus écrire, que je n'ai plus rien à dire. Toute une litanie qui tourne tourne tourne... et me paralyse. Ah non, ça, c'est moi, qui choisit, plutôt que la peur, plutôt que la honte, le silence. Pas ce soir. Ce soir je suis là, avec mes pensées et mon amour des mots. Ce soir j'emmerde la fatigue, la tristesse et mes auto-critiques. J'aime être là, c'est important pour moi. Comme un entrainement, pas à pas, retrouver les gestes, les sons, les rythmes... En réeduc. Je suis en rééducation d'écrire. Alors les couacs et les formules moches, ça fait partie du jeu. Pratiquer-faire des erreurs-avancer. Retrouver des contraintes pour nourrir ma créativité, quelques idéaux à défendre, des cordes émotionnelles à pincer... d'abord les miennes. Ping! Une nouvelle pensée me fracasse "je ne suis plus capable de sincérité" paf, sa jumelle m'informe que pas plus pour la légèreté. Ah bah je serais lourde alors, je ne veux plus faire silence. Je vois bien pourtant que le reste de ma pensée s'est étiolée sous cette double frappe, guère chirurgicale... Flute, je ne veux pas abandonner là dessus et je vois bien que d'un coup j'ai plein de choses à faire qui vont m’éloigner de ce clavier. J'essaie de retrouver ce qui me nourrissait avant... d'autre que mon narcissisme démesuré. Ah, bien cachée celle-là de critique... "je ne suis plus qu'un nombril vide"; Ouais, et alors ai-je envie de te dire, j'ai bien le droit d'être un narcisse bruyant. Et v'la que je commence à interroger mes motivations, encore une stratégies sous-tendue de mépris pour m'éloigner du clavier. Je suis là, mes chères pensées. Je vous vois, avec vos petites ruses minables. C'est ok pour la peur, ok pour la honte, ok pour le jugement. Je suis là et je vous expose. Je me donne le droit d'écrire, de retravailler, de réapprendre. De me retrouver.

mercredi 3 juillet 2013

Jalons

Encore émue d'hier, je passe ma journée à penser à la vie que je veux, entre deux patients, les présents et les absents. Je rentre, musique à fond, m'imaginant dans un jardin, expliquant la nature, aussi domestiquée soit-elle, à ma fille, et j'ai son visage qui rit sous les yeux, et le vert, beaucoup de vert, en fond joyeux. Je vois du bois, clair, des pièces chaudes, des livres, des jouets, de la lumière. Je vois du temps, pour profiter de cet endroit, de ces moments. Le temps de voir grandir les enfants, de grandir avec eux. Apprendre, partager, échanger, me nourrir de toute cette vie qui déborde. Je ne vois pas la ville, ses trottoirs, son bitume et sa foule. Loin des yeux la pauvreté, loin du coeur la misère. Ça n'est pas le chemin que j'ai pris. A moi de ne pas louper les virages et les carrefours.

mardi 2 juillet 2013

sur le chemin d'être mère...

Je suis rentrée tard du boulot. J'ai fait raté une réunion à la nounou qui faisait les 100 pas dans le parc devant la maison avec pepinette, manifestement enervée par mon retard. "Elle est fatiguée, ça fait un moment qu'elle pleure". Pepinette ne pleure quasiment jamais. S'allume dans ma tête qu'elle a du percevoir la tension et le manque de disponibilité de sa nounou. Nous voilà à la maison à 19h... hier déjà elle était cuite et j'ai fait sauter son bain, elle était trés triste et je lui ai promis qu'aujourd'hui on prendrait un bain ensemble. Oui, elle a 19 mois et je lui fait ce genre de promesses. "Mais il est tard". Je suis un peu obsédée par le manque de sommeil, et fait tout pour respecter scrupuleusement son heure de coucher... j'ai la tête farcie de "elle va être fatiguée" "elle est fatiguée"... Je sens bien que moi aussi je suis un peu énervée par ma journée.

"Ralentir, Observer, Choisir".

Qu'est-ce que je veux offrir comme mère à cette petite? Une mère disponible, présente, à l'écoute de ses besoins. "Tu veux manger ou prendre le bain?" Elle va se mettre à table en faisant des bruits de bouche, je prend ça comme une réponse. Elle s'arrête, gentiment mais fermement au 3/4 de son plat. Et pour une fois, je n'insiste pas. J'ouvre l'eau, et l'eau chaude envahit la baignoire, ce cimetière géant de jouets en plastique qui retrouvent une 36millième vie. A l'eau la crapouille. Elle saisit mon jean et essaie de me déshabiller. Elle n'a pas oublié, et elle a probablement plus besoin de ce moment que d'une demie-heure de sommeil. Au diable mes pensées! Quarante minutes dans le présent, sans pensées, juste à vivre et à jouer avec cette petite merveille. Bordel, que c'est chouette. Je suis là, complètement là, la mère que j'ai envie d'être pour elle. On joue, je la vois tester, découvrir, explorer, réussir. Grandir. Je sors, elle demande à sortir aussi, se laisse habiller sans difficultés aucune, me prend le visage dans ses deux petites mains et m'embrasse partout avec des petits bruits et beaucoup de tendresse. Ma fille, ce grand bloc d'amour qui sait encore si bien recevoir et donner.

Pour la peine, elle est retournée finir son assiette, a demandé du chocolat, pleurant devant mon refus et rapidement trouvant une alternative: des céréales au chocolat. son bib, d'abord à table, puis dans le lit du grand, déjà en vacances, avec moi contre elle à lui parler, à lui dire combien j'étais heureuse de se moment, lui caressant la joue, embrassant ses cheveux... et dans son petit lit de bébé, les dernières caresses, les derniers mots doux jusqu'à demain matin....

Ciel, elle est au lit 15 minutes après l'heure! Cette pensée là n'est même pas venue, son germe balayé par la richesse de ce moment là...

"Ralentir, Observer, Choisir"

vendredi 17 mai 2013

"Elle et moi on a deux mamans"

C'est Loupiot, 4ans et demi, qui sort ça de nulle part au cours du repas. J'ai bien vu que depuis quelque jours il me ré-appellait maman, comme quand je suis venue vivre avec lui, avec dans mon gros ventre loupiote en préparation. J'étais repartie à la fin du congé mat, et ça avait été déchirant pour ces deux petits, séparés 9 mois avant de se retrouver enfin. J'étais redevenue Shayalone pour lui.

On se regarde un peu surprise, toutes les deux, nos enfants, hasard de la vie ou pas, ont chacun "un papa une maman".

Il poursuit.

- ben oui, tu es ma maman et Shayalone la maman de loupiote. On pourrait changer et dire qu'on a deux mamans?

Il sait trés bien de quel ventre il est issu, il sait aussi qu'il a un papa pourtant! Est-ce à dire qu'un enfant se fout de la loi et de la biologie? On est toutes les deux mères, on s’occupe toutes les deux d'eux, on les aime. Il ne lui en faut pas plus pour vouloir avoir deux mamans.

Alors il nous appelle toutes les deux mamans, comme loupiote, qui du haut de ses 18 mois se moque encore plus de la filiation et de la procréation. En ce moment, tous les adultes qui s'occupent d'elle sont "papa" ou"maman"... moi je suis un peu à part... elle penche la tête et m'appelle "ma maman". Et ça c'est grave émouvant.

Aujourd'hui le conseil constitutionnel a tranché et la loi sur le mariage pour tous va pouvoir être promulgée. La loi va venir entériner la réalité de tas de gamins qui ne s'y trompent pas: leurs parents sont ceux qui les aiment et s'occupent d'eux. Ce n'est hélas pas le cas de tous les enfants.

lundi 22 avril 2013

"psychopathe manipulateur"

C'est sans doute vrai. Son parcours, son "étiquette", et celles de sa famille, parlent pour lui. Il est venu demander de l'aide, et c'est tombé sur moi; Et c'est vrai, il est obséquieux, dans la séduction. Et alors? Il m'offre ce qu'il a de meilleur dans son registre comportemental. Il laisse tomber l'agressivité, les menaces, et ça n'est pas assez. "C'est un psychopathe, ça pourrait revenir, on a peur". Il a respecté les règles, les horaires, les traitements, la politesse. Ça n'est pas assez. Qui a bu boira. Et c'est à moi alors, puisque je suis son médecin, d’arrêter la prise en charge parce que l'équipe se sent en insécurité. C'est pas comme ça qu'on va diminuer son sentiment de persécution et son filtre cognitif sur ce monde hostile où quoi qu'il fasse, il reste un "psychopathe manipulateur" malmené, et malmenant. Qu'il se dise lui-même mieux sous neuroleptiques, qu'il soit halluciné, que ceux qui l'ont croisé "dehors" l'aient vu persécuté n'y change rien. Pas assez fou et trop méchant pour "nous". Et me voilà entre le marteau et l'enclume, incapable de rassurer l'équipe, réfugiée derrière "c'est pas soignant mais c'est plus fort que nous" "je le sens pas". Imposer des soins où ils vont être rejetants, me couper d'eux n'est pas une option, est-ce qu'abandonner mon patient en est une?

mardi 16 avril 2013

Le défi

Alors Shayalone, vous allez voir pour la première fois en consultation Mme X, au sujet de qui son infirmière et sa psychologue souhaitent vous dire un mot. Mmmm, ça commence bien, quarante personnes dans la pièce qui attendent ma réaction à l'énoncé des troubles de Mme X, borderline vieillie, une des plus difficiles patientes du centre, des difficultés d'investissement, de relation, des conduites impulsives autovulnérantes, des conso de toxiques, des moments de dissociation, des hallus... et, pour couronner le tout, d'une limitation intellectuelle dont le chiffre me fait frémir et me laisse un peu songeuse.

J'ai croisé Mme X en urgence une fois, elle ne m'a pas semblée si limitée... Tout le monde se tait, attend ma réponse, qui se doit brillante. Je vais plutôt la jouer prudente. Je me tais, jusqu'à ce que les gens se lassent et poursuivent la réunion. Elle est là, en salle d'attente, la tête droite, le regard figé sur le mur aveugle en face d'elle.

Elle me suit dans le bureau, se pose, me regarde.

Aujourd'hui ça va pas trop mal. Alors j'en profite. J'imprime une matrice ACT, et je commence à remplir avec ce qu'on m'a dit, de sa souffrance, de ses stratégies pour lutter ou éviter. et je commence à questionner sur ce qui m’intéresse beaucoup plus.

Ses valeurs, la personne qu'elle voudrait être, dans un monde idéal si n'y avait pas "machin" pour la coincer dans la lutte. Réponses timides. Machin prend tellement de place, depuis tellement de temps...

Elle est là pourtant, pleinement engagée, elle sourit quand je mime sa lutte et sa vie qui se rétrécit. Elle sourit encore plus quand je pointe qu'ici, à cet instant, elle est là, authentique. Encore plus timide quand je demande comment se serait une vie où elle pourrait être plus comme elle est là avec moi. "ce serait bien" tout doucement, levant les yeux vers moi.

Je vois ses doigts qui s'agitent, et je le lui dis. Je lui dis que j'ai la pensée que là il se passe quelque chose, que sa tête est sans doute en train de lui envoyer des pensées... elle arrête de trembler et reprend mes mots défusionnant sans y faire attention " elle me dit que je ne suis pas capable". accueillir, valider, defusionner, revenir à l'important pour elle. pas à pas. 45 minutes. Elle s'engage à ce qu'on travaille ensemble, accepte de faire deux autres premiers pas sur ce chemin que je lui propose de découvrir.

Je retourne voir l'infirmière, pour qu'on s'organise et se coordonne. Elle me raconte l'histoire de Mme X. Du très classique. Carences, viols dans l'enfance, violences conjugales, polytoxicomanie... et répétition quasi mot à mot à la génération suivante.

"Elle ne tient pas plus de 10 minutes en consult d'habitude"

Y a plus qu'à. Un petit miracle, tiens, ça serait bien. Je ne sais pas si elle en a envie. Ça c'est une pensée complétement inutile. Si je réfléchis, elle en a envie et elle a plein de limites cognitives, émotionnelles et environnementales pour ne pas bouger. A nous de surfer au milieu de tout ça.

Avec tout ça, je ne lui ai même pas demandé si/ce qu'elle prenait comme traitement... c'est bien la peine d'être psychiatre ;-)

samedi 13 avril 2013

Les premiers mots

A nouveau.

Avant, quand j'étais jeune, d'avoir croisé une amante un peu geek, j'ai eu un blog, aujourd'hui disparu dans le chaos de la plateforme qui l'accueillait. Quatre ans de ma vie.

Aujourd'hui, l'amante un peu geek est devenue ma femme, même si nos noms ne sont pas gravés au bas d'un parchemin, et deux loupiots éclairent nos jours. Et nos nuits parfois un peu, hélas.

L'envie d'écrire, à nouveau, de partager, de relire d'autres blogs me reprend. Alors, profitant de l'absence de ma femme, me voilà à farfouiller pour acheter un nom, un espace, pour y semer d'autres petits cailloux un peu désordonnés...

Bienvenue chez moi, bienvenue chez vous, bienvenue chez nous.

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