Aux nombrils des mondes

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lundi 13 juin 2016

16 ans en psychiatrie

On ne se connaît pas depuis très longtemps. Elle m'a demandé si je pouvais lui tenir la main. Alors j'ai pris sa main, et j'ai serré, à sa demande, comme un point d'ancrage. Et j'ai vu les larmes couler, silencieusement. J'ai attendu qu'elle puisse me lâcher. Oh, ça a bien du durer, allez, 3 minutes?

-Est-ce qu'on peut retrouver la mémoire des moments où on était sous traitement?

Je lève des yeux interrogatifs vers elle en lui disant que non, on ne peut pas, que la mémoire coupe les infos en petits morceaux et les mélange...

- J'avais 16 ans, ils m'ont mise dans une chambre d'isolement, avec même pas un lit, ils m'ont mise entièrement nue, m'ont fait une injection, et chaque fois que je me suis réveillée ils m'ont refait une injection, pendant 48h. Je suis restée nue, je n'ai pas mangé, je n'ai que dormi... et je ne sais pas ce qui s'est passé. Je sais juste que c'était deux infirmiers. Je n'ai pas vu de médecin, il a signé les prescriptions après coup, devant moi, quand c'était fini.

Ça tourne en boucle. Pourquoi nue, que s'est-il passé? Et ça fait longtemps que ça tourne.

Je ne peux pas lui répondre, et j'ai du mal à contenir ma propre colère. Elle n'est même pas assez là pour être en colère elle.

-J'ai l'impression d'avoir perdu quelque chose de moi là-bas et je ne sais pas ce que c'est, lâche t-elle tristement

Je pourrais vous dire combien son histoire d'avant est déjà terrible, ou ce qu'elle avait bien pu faire. Genre, elle était pas trop courte sa jupe?

Rien ne justifie un tel traitement, dans un endroit où on est sensée trouver des soins et de la sécurité. Comment peut-on décérébrer des soignants à ce point pour qu'ils ne perçoivent même plus l'horreur de leurs prises en charge?

C'est une fille, elle a 16 ans, elle souffre d'anorexie.

Je me creuse la mémoire pour répondre, j'ai juste la nausée. Je réfléchis que la seule autre personne dont j'ai eu connaissance qu'on lui ai imposé la nudité intégrale est aussi une fille, et aussi anorexique. Ça avait révolté l'équipe, qui avait mené l'enquête pour trouver d'où venait cette consigne. Du médecin... une femme.

Et je rentre chez moi quand une autre histoire me revient.

Elle a 16 ans aussi. Son papa est un grand professeur, avec de grandes ambitions politiques. Et avec son adolescence tapageuse, elle fait désordre. Alors papa s'est arrangé avec un de ses amis professeur de psychiatrie. pour la soigner... dans un service de psychiatrie d'adultes fermé, vétuste au possible, déserté sur le plan médical. C'est les internes du service, horrifiés, qui ont lâché le morceau à l'internat, incapables de comprendre. Elle a 16 ans, une "bonne famille", pas de trouble psychiatrique patent, que fait-elle là?

Elle a 16 ans, elle fatigue maman et elle gène papa...

Nous pouvons faire autrement.

Elle a 16 ans, un TCA, un trouble bipolaire, des antécédents de trauma sexuel intrafamilial banalisé par les parents, aussi dissociés qu'elle et terriblement toxiques. A plusieurs reprises, je ne l'ai pas laissée sortir de mon bureau, sure qu'elle n'arriverait pas chez elle vivante. A chacune de ses hospitalisations, on a fait du nursing, physique, psychique, des règles sur-mesure, on s'est relayé sur les entretiens d'autant plus qu'elle lâchait tout et nous demandait de la laisser mourir et d'utiliser notre énergie pour des gens qui pouvaient être sauvés. On a travaillé "avec", à chaque instant, en ouvert, avec confiance et respect.

A l'heure qu'il est, elle a du avoir son diplôme de psychologue. J'espère qu'elle n'oubliera pas dans sa pratique ce qu'elle m'a renvoyé de la mienne. Que le geste le plus aidant, en trois ans, c'est le jour où je l'ai prise dans mes bras, la réintégrant dans le monde des humains. Comme un être humain que je reste, sous mes habits de psychiatre.

Et quand les psychiatres sont dépassés, les humains peuvent toujours aimer.

lundi 21 mars 2016

Dysphorie psychiatrique.

Aujourd'hui j'ai fait ma première attestation "trans".

Ça m'a fait un peu flipper de savoir que j'étais sur une "liste blanche" de psy safe. Non que je ne veuille pas l'être, mais bonjour la pression, je n'y connais rien au fond, être une gouine militante ne me donne pas des qualités spéciales pour aider des trans. Alors j'ai voulu comprendre, ce que pouvait bien être la dysphorie, connement, tout en sentant que quelque chose clochait dans ma démarche. Et je remercie ce jeune homme de m'avoir donné de son temps hier. Je suis repartie avec une petite phrase finalement plus satisfaisante que toute autre explication. "C'est juste moi"

Alors aujourd'hui, quand je suis allée la chercher dans ma salle d'attente, j'ai tendu ma main, fait mon plus beau sourire et je lui ai demandé comment je pouvais l'aider.

Je l'ai vue se tortiller un peu sur la chaise avant de lâcher qu'elle venait pour une attestation pour son changement d'état civil. Cinquième psy. Les quatre autres ont posé des conditions. Alors j'ai dit oui, tout de suite, en lui disant que ça ne m'appartenait pas, que je n'étais pas légitime.

Après, du coup, on a discuté de qui elle était, pour se connaître, pas pour l'attestation, j'essayais de sentir si ce oui d'emblée suffirait à lui permettre d'être ouverte. Et là encore d'un coup, je me suis sentie crade. De quel droit je voudrais qu'elle soit ouverte avec moi? Mes autres patients, ils viennent d'eux-mêmes, pour eux.

Pas elle. Elle elle vient parce qu'on lui demande qu'un psy atteste qu'elle est bien définitivement et irréversiblement elle. Alors j'ai arrêté de vouloir la connaître, et j'ai donné un peu de moi.

Et puis il a fallu rédiger. On a regardé sur internet pour savoir ce qu'il fallait. J'ai eu la nausée tous les trois mots, et je lui ai dit. J'ai gambergé pour choisir chaque mot, chaque tournure, pour diminuer la charge transphobe par essence de mes mots. J'ai pris conscience que pour l'aider il me fallait donc être complice du système oppresseur.

Quand, galérant avec la facturation sécu, disant que je n'était pas son médecin traitant, encore que ce soit possible... "Je veux bien que vous soyez mon médecin traitant". Je l'ai prévenue que je serais nulle pour l'aider à soigner ses rhumes. Elle a ri.

Et je me suis excusée, sur le pas de la porte, pour ce que notre société lui faisait endurer.

Aujourd'hui, clairement, je me suis sentie dysphorique comme psychiatre. L'injuste et l'humiliant de la loi m'a sauté à la gueule. Et là, pas de doute, j'étais du côté du système oppresseur. Il a fallu choisir.

Je repense à @LlamaTelas, au jeune médecin dont il m'a parlé qui a écrit que les transsexuels étaient des monstres.

J'ai choisi. Je serais du côté des "monstres".

Elle est là, ma place de médecin.

mercredi 9 mars 2016

Des répétitions trans générationnelles. Mom's family

Je devrais filer dormir mais j'ai envie de vous parler de ma famille.

A l'heure où le grand père sort d'une hospitalisation sous contrainte et où ses enfants disparus tentent brusquement de revenir dans la course pour grappiller un brin d'amour ou tenter une dernière fois d'être pardonnés de leur faute, il est tant de coucher ici les bouts d'histoire que je possède, et les répétitions,qui ma foi, font leur job... elles se répètent, génération après génération. Le grand père là, il a traversé l’Espagne à pied à même pas 10 ans avec son petit frère. Ils ont mangé de l'herbe parfois, quand ils n'ont pas trouvé mieux. Il fut jeune, joli et fringuant, barman dans la marine et il épousa à ce moment là une jolie espagnole toute blonde aux yeux bleus, toute douce.

Il ont eu une petite fille, et à ses trois ans, ils ont quitté l’Espagne pour la France. Il y est devenu maçon, il a travaillé dur, prié fort et amené ma mère, cette première petite fille chérie tous les dimanches à l'église. Elle, et ceux qui ont suivi, et eu le bon goût de survivre. Un garçon, un vrai Poulidor, l’éternel second, une fille, une autre fille et un petit dernier, qui a perdu son jumeau à la naissance. Un autre est mort-né, je ne sais trop où dans la chaîne. La petite fille aînée tellement aimée par ses parents a été une enfant adorable, une adolescente adorable, une jeune fille exemplaire. Le curé venait tous les dimanches les féliciter d'avoir une telle enfant. Elle est sortie major de l'école d'infirmière, a été embauchée dans une clinique qu'elle n'a quitté qu'à l'heure de la retraite. Elle y a été, comme partout, comme toujours, adorable, exemplaire, efficace. On lui a donné beaucoup de travail, des responsabilités, elle n'était pas vraiment de la trempe de ceux qui s'économisent.

Les autres qui ont senti plus ou moins tôt le désamour paternel ont pris d'autres chemins.

Aucun n'a réussi à faire quoi que ce soit à l'école. Le Poulidor s'est laissé gangrener par la colère et à sombré dans l'alcoolisme. La troisième est partie, loin, faire sa vie, avec un mari obèse et bien malade, un jeune amant fougueux et des enfants magnifiques qu'elle a jalousement protégé, la quatrième se laissera ronger par la jalousie et tentera en vain d'égaler cette soeur si parfaite, adorée et détestée à la fois. Le petit dernier, le tout gentil, le sensible, le petit malingre, n'assumera pas son homosexualité et épousera très tôt une grande et splendide anorexique, issu d'une lignée très matrilinéaire. D'ailleurs, elle demandera le divorce sans qu'ils se séparent et elle ne lui laissera pas reconnaître ses propres enfants. Un grand blond qui sombrera dans la toxicomanie, et une petite brune, dans l'anorexie.

Entre deux portes à l'hôpital l'ainée s'est cognée dans celui qui deviendra son premier (et officiellement le seul à ce jour) amant, son mari, et le père de ses filles. Le look de l'époque ne lui rendait pas vraiment grâce, au pater. Elle, ma mère, était juste splendide ... Elle m'a dit "il était gentil". Sous son look terrible, un beau gosse italo-germanique. Elle est tombée enceinte, ils se sont mariés et ont accueilli avec conscience et devoir une première fille. Un premier bébé de rêve, qui fait ses nuits des son premier jour de vie. Un bébé qui n'a jamais pleuré, jamais réclamé. Souriante au fond de son berceau dès qu'on venait la voir, elle n'a jamais rien demandé. Gardé par la grand mère paternelle, elle a été considéré comme étant de ce clan là, et laissée de côté par le clan maternel.

Et puis je suis arrivée. 3 ans plus tard. Au moment où mes parents ont acheté une vieille ferme à rénover, où tout le clan maternel est venu vivre. Les parents, les frères et soeurs, les conjoints et conjointes ce ceux-là dès qu'ils en ont eu l'age.

Ma mère m'a dit s'être sentie envahie d'un amour fou, et se l'être interdit. Pour être juste. Alors, je n'ai pas eu de biberon la nuit non plus. Pour faire comme pour ma soeur. Et j'ai hurlé chaque nuit pendant un mois, jusqu'à ce que le pédiatre leur dise. Oui, à deux infirmiers de 25 et 28 ans, il a fallu expliquer qu'un nouveau né mange la nuit... Ca signe assez bien le blocage psy!

La femme de Poulidor, une belle blonde italienne portait elle aussi la vie. Mais c'est 15j après moi qu'il est arrivé, le fils de l'éternel second. Et moi, avec mes boucles blondes, j'ai effacé tout le monde. Ma soeur a disparu dans l'indifférence générale, mon cousin est devenu à son tout l’éternel second. J'ai marché plus tôt, parlé plus tôt, été la première partout. On me passait tout, onme donnait tout, on le punissait sans cesse. Je dévorais les livres, Zola et l'herbe bleue du haut de mes huit ans.

C'était un gosse brillant, mais la première place était déjà prise. A l'école comme dans les coeurs. Enfin, si tant est que celà ai été une histoire de coeur et non les tentatives désespérées de réparer je ne sais quoi. J'ai été l'enfant du clan maternel, élevée par mon grand père et ma tante, la jalouse, qui n'était alors qu'une ado mignonne de 17 ans... qui en faisait 12 et sortait avec un mec de 30... qu'elle a épousé... tonton Nicolas le pédophile... Bref, je m'égare. La grand mère, la douce et gentille mémé Julia était déjà exclue. Un premier AVC massif, à 47 ans, la laissait hémiplégique et encore plus sur le carreau.

Poulidor a commencé à boire de plus en plus, et la belle italienne a fini par partir avec ses deux petits garçons... vivre dans un HLM de banlieue, se maquer avec un mec qui la cognait et cognait sur mon jumeau-cousin. Bizarrement, ses notes ont chuté, il a fleurté de plus en plus avec la "petite" délinquance et nos chemins se sont de plus en plus séparés. J'étais outrée du haut de mes 10 ans, hurlant après le directeur de l'école qu'aucun adulte ne réagisse alors qu'il manquait les cours et que son petit frère nous racontait les sévices que leur beau-père lui faisait subir.

C’était le temps ou un gamin pouvait arriver avec une trace de fer à repasser dans le dos à l'école, et où il ne se passait rien. J'avais 9 ans. Il en avait 7 ou 8, il était blond comme les blés, avec une coupe au bol, et s'appellait Brice. Ou peut-être ne m'a t-on juste rien dit?

Peu après que ma mère ai accouché de sa troisième fille, 10 et 13 ans après les premières, ma tante et tonton Nicolas ont aussi attendu un heureux événement. Une fille est née. Ma mère a commencé à beaucoup s'en occuper, à la traiter comme sa propre fille, laquelle régressait à vue d'oeil. Je ne décolérait pas que ma mère délaisse ainsi ma soeur, tentant vainement de compenser les fées qui n'étaient pas aussi nombreuses à s'être penchées sur le berceau de la petite cousine... Gangrenée par la jalousie de sa mère, qui ne toute manière n'avait d'yeux que pour moi, elle a grandi fausse, mauvaise et envieuse. Les fées de l'école là encore semblait en grande difficulté quand ma petite soeur, certes un peu naïve et bécasse - elle continue à pardonner les crasses de sa presque jumelle - développait nombre de talents.

Cousine, nommée Julie en honneur de sa grand mère, donnera le nom de celle -ci à sa fille, Julia, dont le père s'est suicidé en prison à même pas 25 ans. On ne part pas tous avec les mêmes chances dans la vie. Vraiment pas.

Deux autres cousines vont naître, de deux autres pères. Une jolie et gentille blonde d'un père toxico qui disparaîtra bien vite. La petite dernière, qui vit toujours avec ses deux parents, semblait se développer bien. Je ne l'ai plus vue depuis des années... 7 ans déjà que la jalousie de sa mère a pris des proportions telles contre la mienne que je n'ai plus maintenu ce lien avec cette tante qui avait toujours été, en tout cas en face, adorable avec moi.

Et donc ma mère, l'enfant aimée, toujours mariée avec le même homme, avec ses trois filles. Dans la même maison qu'ils ont acheté ensemble il y a 38 ans et retapé de leur blanches mains.

L’aînée, l'enfant du clan paternel, l'enfant délaissée, celle qui après avoir traîné ici et là à la fac a choisi d'être infirmière, comme maman, comme papa, qui a épousé le sosie de son père, lui aussi infirmier, et décidé de ne jamais avoir d'enfant. Elle a pu me dire sa jalousie, et avoir la sagesse de ne pas m'en vouloir pour ça. Elle fait son chemin et a toujours autant de mal à croire en elle.

Moi, l'enfant surinvestie mais jamais protégée, mi-zèbre mi-albatros, l'antisociale hyper-empathique, la rebelle capricieuse, j'ai été aimée partout. Partout on m'a tout passé, partout on a accepté que je ne respecte pas les règles, et surtout à l'école. "Les enfants comme toi on les aime" m'a dit mon directeur du primaire, presque 30 ans après. Au collège, puis au lycée, ça a été crescendo. J'avais le droit de ne pas suivre les règles puisque j'étais la première partout. Et le jour où une remplaçante m'a collé un avertissement pour insolence, la CPE est venue la voir et lui a demandé de l'enlever, lui disant que ça devait être un malentendu. Et elle l'a fait.

Mais j'avais déjà honte. Une vieille histoire que je traîne depuis toujours, depuis le primaire, peut-être même la maternelle. Parce que gouine déjà à ce moment là, parce que pas de fringues de marques, parce que pas assez jolie -et quand je vois aujourd'hui les photos de cette gosse magnifique que j'ai été, je me dis que j'ai bien du croiser quelques salopards-. J'ai du bosser en P1, n'avoir que dentaire, recommencer. J'ai découvert récemment que le monde ne pliait pas toujours. Je me soupçonne en fait d'avoir oublié régulièrement, protégée derrière un optimisme forcené.

La petite dernière, aimée et choyée jusqu'à ses un an, la sauterelle hyperactive, la gamine susceptible, est devenue prof, et a bataillé dur pour ça. Elle se régale et ses élèves le lui rendent bien. et sait les aimer et leur transmettre sa passion. Même aux "mauvais". Une petite est passée de 5 à 17 de moyenne pour ses beaux yeux. Elle semble hélas avoir un tropisme pour les mecs qui la cognent. C'est la petite, celle pour qui on s'inquiète, nous, les 4 grands, 5 avec mon beau-frère. Parce qu'on peut difficilement passer à côté de sa ressemblance avec la tante schizo-aff côté paternel. Une autre petite dernière... mais ça ce sera une autre histoire, celle de dad's family.

Et ma fille, ce petit soleil qui reflète tous nos travers.

dimanche 21 février 2016

Once again

Il y a 5 semaines, sur un drôle d'alignement planétaire, des petites blagues irrationnelles, j'ai décidé de faire un truc un peu fou, imprévu, alors que l'idée générait un nombre certains de peurs et de prévisions catastrophistes.

Il y a 15j, je l'ai fait. Une insé, à la maison, pour voir, pour laisser la vie à sa chance, la chance à la vie. Juste une. Comme au poker.

Je sais bien, à mon age, seule, avec une gamine, au moment où je monte mon cabinet, c'est du suicide dit la raison. "Essayons" a dit le coeur, et je l'ai suivi.

Mes seins ont gonflé et j'ai pris 6cm de tour de poitrine en une journée, à j8. L’appétit s'en est allé faire un tour, emmenant 2kilos avec lui en moins d'une semaine, l'odeur de la viande morte à la boucherie a été une agression suprême, et j'ai senti mes ovaires travailler à fond.

Mon teint radieux a questionné une de mes amies sur skype. Vendredi soir.

Je n'ai pu m’empêcher d'être heureuse. Je l'ai même dit, ne sachant combien de temps cela durerait, pour pouvoir partager mon bonheur.

Des traces d'hormones sur un test jeudi soir, un peu plus vendredi soir, bordel, j'ai commencé à y croire. Et samedi soir, la bande avait disparu, dimanche matin elle était là à nouveau, faible. Autant pour le "ça double toutes les 48h". Non, pas là manifestement. Voilà, je vois cette fausse-couche en direct live. La 5eme? 6eme? du genre.

Ce soir, aux toilettes, il y a des traces de vieux sang. Juste assez pour me rappeler les mauvais souvenirs. Il y a 8 ans, quasi jour pour jour, j'étais enceinte. 10 semaines plus tard, c'était fini. Une longue suite de fausses couches ultra précoces derrière. Juste de le temps d'être enceinte. Juste le temps d'y croire. Jusqu'à faire éclater mon couple d'alors.

Je me raconte dès tas d'histoires, du style il y en avait deux et y en a un qui s'est raté, n'importe quoi pour y croire encore.

La raison, l'expérience savent. Le cœur refuse. Poulette n'est pas là, je vais pouvoir être triste tranquille.

Et je réalise alors combien exceptionnelle est cette enfant d'avoir réussi à s'accrocher, il y a 5ans quasi jour pour jour...

Ma fille, qui sera peut-être la seule.

lundi 8 février 2016

L'insoutenable soutenance

Je vais soutenir mon mémoire de DES. Le truc qui fera officiellement de moi une psychiatre.

Mon rapporteur est un beau salopard, et je le sais, il emmerde tous les 6 mois les internes qui ont le malheur de tomber sur lui. Il a été viré de sa fac pour harcèlement sexuel, se retrouve placardisé dans une autre fac dans mon inter-région.

Mon chef chéri, qui m'a connue pour mon premier stage de D1 où il était CCA et qui jeune agrégé vient d'apprendre que la création de mon poste de PH a été accepté vient de lâcher mes bras.

"Ton travail est béton, tu fais ce que t'as à faire, tu les défonces"

Je rentre dans la salle, première à passer. Les agrégés de ma fac sont à la bourre, il n'y a que ceux des autres interrégions, qui ne me connaissent pas, et n'ont pas lu mon travail, à part donc le rapporteur... Le président du jury me regarde sévèrement "Nous ne savons pas si nous allons pouvoir vous laisser soutenir"

Je souris, et me dit "qu'il est con, même le jour des soutenances il fait des blagues". Il est bipolaire régulièrement décompensé et complétement désinhibé lors de nos séminaires de cours, je continue mon mouvement pour m'assoir devant le PC d'où je suis sensée soutenir, ma clé USB à la main.

Et le temps d'un coup suspend son vol. Il n'a pas l'air de blaguer. Le monde devient subitement obscur, la perplexité m'envahit. Ca ne fait pas partie des futurs possibles, ça.

-Votre Chef nous dit qu'il n'a pas pu bien travailler avec vous

Ca mouline à toute vitesse. De qui parle t-il? Le mec des bras de qui je sors, qui a fait des pieds et des mains pour m'avoir dans son service au CHU alors que j'allais paisiblement signer ailleurs?

-Je ne sais pas de quoi vous parlez

- Je ne vous en dirai pas plus!

Le mystère s'épaissit autant que le voile sur ma pensée, et je suis là, à demi-assise, coupée dans mon élan.

La voix d'une pédopsy s'élève.

-Laissons cette petite se présenter et présenter son travail.

Je commence par présenter mon CV. Ça ne colle pas trop avec ce que le président du jury a dit, mais comme je ne sais pas vraiment de quoi je suis accusée, difficile de me défendre. Mais bref, les chapitres de bouquin sous la direction de mon chef, les doubles suivis avec le CCA qui assure les prescriptions pendant que je gère les psychothérapies des patientes souffrant de TCA, les présentations en congrès, ça ne colle pas. Je ne sais pas moi, je ne sais plus grand chose, et surtout pas quel peut être le problème avec mon chef.

J'attaque la présentation de mon mémoire comme une automate. Je ne comprends rien aux attaques du président du Jury, qui pense que j'ai mis les références bibliographiques dans l'ordre du texte exprès pour qu'il ne puisse pas savoir qui j'ai cité ou pas.

Ça me dépasse, et je dois avoir à peu près les yeux d'un veau quand je lui dit que c'est... ce que la fac nous a demandé pour la thèse, et qu'il n'y avait pas de consignes pour le mémoire...

Je lui demande de cesser de m'interrompre et j’enchaine, sans réfléchir, glacée. Probablement complétement dissociée. Je sens que les membres du jury basculent petit à petit de mon côté, ce qui ne fait qu’énerver de plus en plus le président. Entre temps, les deux agrégés de ma fac sont arrivés. L'un ne remarque rien, l'autre, qui a lu mon travail et sait combien il est polémique se farcit mon rapporteur la seule fois où il ouvre la bouche, pour tenter de me critiquer... sur une limite que j'ai moi-même pointée.

Je ne comprends toujours rien. Je suis là pour soutenir, je soutiens. Un phénoménologue très gentil prend alors la parole trés doucement "Je crois que vous avez trouvé quelque chose de vrai auquel personne n'avait pensé avant vous, et c'est ce que vous payez"

Je ne sais même plus comment je sort de la salle. Je me souviens que je m'assois sur une marche, que j'allume mon téléphone, qu'il y a un texto de mon chef "alors?"

Et je fonds en larmes. Trop de discordance. Je me laisse même consoler par une nana qu'en temps normal je ne laisserai certainement pas m'approcher, une vieille interne psychanalyste un peu zarbi qui couche avec un encore plus vieux psychiatre de l'hosto. Faute de grives, hein. Au moins, elle est là, et me serre dans ses bras, je ne suis plus à une bizarrerie près.

Je vois le gentil phénoméno aller vers la salle de mon chef, et mon chef traverser au pas de course dans l'autre sens.

Avant que je rentre dans la salle, le rapporteur avait dit aux autres que mon chef voulait qu'il me plante. Le président n'aurait pas pu me donner de détails, il n'en avait pas. Et sans doute sa colère a grandi en réalisant en cours de route dans quelle merde il s'était fourré.

Mon chef les a pourri, et j'ai donc eu mon mémoire...

Le président du jury est venu s'excuser dans un galimatias incompréhensible au sujet du temps. Il a lâché en douce que c'était ma faute, que ça se sentait dans mon travail, que j'avais pris le pouvoir.

Et ça mon chéri, c'est le plus beau compliment que tu pouvais me faire.

C'est vrai, ça m'abonne aux pervers du coup. Je m'en fous, ma liberté vaut bien ce prix là.

Et mon chef, plus tard, m'a engueulée "Tu n'aurais jamais du douter de moi"

S'il savait... Je n'ai même pas eu le temps de douter.

mardi 12 janvier 2016

Dire non

J'ai lu ça sur le #mededfr, et ça a fait tilt. Deux histoires. Une où j'ai dit non. Pas assez fort. Suffisamment pour que ça me vale mon poste. Et que ça sabote la vie d'une gamine, qui est peut-être morte à l'heure qu'il est. L'autre où j'ai insisté pour avoir un non, fort.

Je suis depuis quelque mois dans ce service quand on reçoit une jeune patiente en SPDT avec un IMC à 10. Elle devrait être en réa. Insuffisance rénale, hépatique, iono, y a pas une ligne de son bilan qui ne soit pas déglinguée. Évidemment, notre généraliste est en arrêt, et pour un moment. Et comme elle est soit disant opposante, qu'elle continue à se faire vomir du vide vu que l'anorexie est totale, et à gober des laxatifs, elle arrive chez nous.

Alors je fais un beau certificat pour qu'on renforce l'équipe pour qu'elle bénéficie d'une surveillance un pour un 24h/24. Nuit et jour un infirmier est avec elle. Je passe mes journées à organiser sa réalimentation. Je la vois tous les jours mais reste assez ferme sur le fait que la psychothérapie, c'est quand son corps et son cerveau auront assez de forces pour ça. J'ai quand même bien peur qu'elle nous clamce dans les doigts. Et en un mois, elle reprend 10 kilos, on est toujours pas à 15 d'IMC. Il commence à y avoir une vraie relation avec l'équipe, et elle commence à vouloir plus de libertés, jusque là c'est normal.

En réunion d'équipe, ma chef de pôle, et la chef de service, veulent instaurer de l'olanzapine, histoire de la faire grossir plus vite. Je m'oppose, rappellant que ça n'a pas prouvé d'efficacité. Évidemment, à mon retour de vacances, ça fait 3 semaines qu'elle boulotte du neuroleptique. Et si elle n'a pas pris beaucoup plus de poids, elle a un bilan métabolique degeulasse, et un cholestrol au plafond. Super. Espérons que ce soit bon pour ses neurones.

Bref, c'est maintenant que la galère commence. Elle a le souvenir de la fille intelligente qu'elle a été, et je ne vois que les neurones flingués, sur le plan cognitif ou émotionnel, merde, ça rame. Elle utilise toutes ses compétences pour gruger le système, et toutes les limites liées à son mode de soins. On tatonne. Je pêche par excès de confiance, mais comment ne pas la croire, ne pas lui donner sa chance? Elle tient bon an mal an en programme de soins, me demande des soins dans une clinique spécialisée. Puis fugue, loin, et nous convenons avec la famille de ne pas la réintegrer, sous couvert d'une surveillance là où elle est.

Et puis j'apprends que je ne vais pas être renouvelée sur mon poste, d'une manière très sale.

J'ai été en vacances. Et elle revient. J'ai été en arrêt. J'apprends comment elle a été traitée. Une première fugue. Pas d'infirmiers à son chevet non, ce coup-ci. Isolement, contention. 2eme fugue. Fracture lors de la fugue. Re-isolement-contention plus serrée. Fugue, malgré la fracture. re-isolement-contention avec un garde à la porte.

Ma collègue qui a pris la suite me dit qu'elle a vu la famille pour les prévenir qu'elle ferait sans doute partie de celles qui mourraient de leur maladie. Et bientôt.

C'est mon dernier jour dans le service. "il faut represcrire la contention". Je refuse de signer, je dis à l'équipe que c'est n'importe quoi, que je ne participerai pas à ça. Les infirmières sont bien d'accord avec moi.

Mais je n'ai pas eu le courage de mes opinions, j'aurais pu, symboliquement, la faire "libérer", tout en sachant que ma collègue recommencerait l'après-midi même.

J'étais abimée par ma propre situation, et j'ai laissé faire.

A 14h, elle s'est étranglée avec ses contentions.

Je ne sais pas ce qu'ils ont inventé derrière pour la "soigner".

Je n'ai pas dit non. Je n'ai respecté ni mes principes, ni mon éthique ni cette patiente qui avait été la mienne.

Quelques mois plus tôt, fraichement débarquée, je récupère tous les cas désespérés, ça tombe bien, j'adore ça. Et me voilà avec ce type borderlino-psychopathe, sorti d'UMD pour une tentative de meurtre sur un soignant du service.

Impatient de me voir et très méfiant à la fois. L'accroche était bonne avec le psy que je remplace, c'est pas le cas avec les autres du secteur.

On discute un peu, il tente de m'impressionner, je souris. On parle quand même un peu boutique. Passé traumatique, carences graves, violences physiques et sexuelles, rien que de très classique.

Et le mec qui fait un peu le mariole là, je discute dissociation, crises clastiques, automutilations qui recouvrent tout son corps... Je sens l'accroche. Je sens qu'il est présent. Je lui propose de faire un exercice de pleine conscience là, et évidemment, ça devient trés trés dur pour lui. Je lui dit qu'il doit me dire stop, qu'il doit me dire non.

Il n'a pas été habitué à ça. Dire non à un psychiatre, il a quand même appris que ça finissais très mal!

Je ne le laisserai pas sortir sans qu'il ai pris place ici comme sujet.

Ça prendra 45 minutes. Il a dit non. On a arrêté l'exercice. Immédiatement. Je lui ai dit que maintenant je pourrais lui faire confiance quand il me dirait oui.

On en a passé des crises pendant l'année qui a suivi. On a travaillé avec ACT, la thérapie d'acceptation et d'engagement. On a pu diviser son traitement par quatre. Pas d'agressions, reprise du travail, engagement associatif, et des hospits rares et brèves, où il gérait ses conditions d'hospit.

Au grand dam de mes collègues, qui auraient finalement préféré que je continue à faire comme eux toujours plus de la même chose.

Le soin, c'est comme n'importe qu'elle relation. Les deux doivent pouvoir dire non.

C'est le seul chemin vers le consentement.

mercredi 6 janvier 2016

Elle

Huit mois que nous sommes séparées. Quatre que nos corps ne se sont plus croisés, noués, serrés. Quelqu'un a-t-il vu, depuis, le regard que je connais? Ces yeux là, cette femme si belle, si forte d'oser être ainsi vulnérable, que personne ne connait, ont-ils osés se montrer? Etait-ce celà, les yeux mouillants de Brel?

Elle est là, dans ma tête. Qui me fera un jour autant confiance? Qui s'abandonnera ainsi à nous? Qui osera être aussi complètement présente, offerte, ouverte ? Personne d'autre qu'elle sans doute. Un bout d'ego aimerait bien me dire qu'elle ne sera ainsi avec personne d'autre, moi qui n'avait de cesse alors que de la voir se révéler au monde...

J'aurais eu, une fois dans ma vie au moins, ce degré de connexion là. Ce truc fou, si beau, qui aurait pu être magique, et qui nous a juste tuées. Enfin moi en tout cas. Cette connexion si forte qu'elle rendait toute différence impossible, insupportable. Nous n'avons eu de cesse de monter des murs d'une main que nous détruisions de l'autre, des murs pleins de piquants et de tessons amers qui nous coupaient les doigts et nous usaient les coeurs.

La magie était là, chaque fois, au fond du lit. L’âme agit, chaque fois, au fond du lit.

Et le prix était toujours plus cher. Nous voulions tellement fort...

Elle a été malade, des semaines. Et puis moi, plus d'un mois. Un signal d'alerte a résonné dans ma tête. Je ne suis jamais malade, j'ai une santé de fer, une immunité à tout rompre. Tout c'est déglingué comme une série de dominos qui s'effondrent, des nouveaux symptômes, des nouvelles sphères atteintes semaine après semaine. Mon corps me lâchait. Fin du jeu. Plus de vies disponibles. L’inquiétude se partageait à la sérénité apparente de notre relation, aux projets de bébé.

Une étincelle s'est transformée en brasier. J'ai dit stop, trois fois. Elle a continué. A chaque fois. Jusqu'à m'insulter...devant ma fille. Le pas de trop. Ce que je ne pouvais faire pour moi, j'ai su le faire pour elle. J'ai fait mes valises, je l'ai prise sous mon bras, et je suis partie.

C'est dur.

J'ai commencé à revivre après une dizaine de séances d'EMDR passées à trembler et à pleurer non stop, traversée de d'émotions sans nom ni visage. Je suis redevenue le moi joyeux léger et ouvert. Un moi vulnérable, pas taillé pour la méchanceté. Un moi sans colère.

J'avais baissé les armes. Le corps un peu ailleurs sans doute.

Hameçonnée par trois textos gentils, j'ai replongé. Je revois ses yeux, je ressens l'envie de sa peau. Je n'oublie rien, ni le passé ni les pensées. J'aime une fille qui n'a rien à donner à qui je ne peux plus rien donner. Voie sans issue. j'entend déjà la psy de l'autre fois lancer "immature et infantile".

C'est quoi l'amour?

lundi 30 novembre 2015

Des pendances affectives

Elle est mignonne, la psychiatre. Pas moi, non, l'autre, celle que j'ai vue pour avoir un œil professionnel sur mon humeur.

Bah tout ça n'est qu'un chagrin d'amour. En filigrane une dépendance affective selon elle. Puisque j'ai "toujours été en couple". Puisque j'ai tout quitté, amis, famille, boulot, pour une amoureuse.

Aujourd'hui, je ne suis pas en couple. J'ai tout quitté, tout ce que j'avais construit à nouveau, dans l'autre sens. Évidemment, on ne retrouve pas ce qu'on a laissé en partant. Les liens les plus distants, les plus souples, sont ceux qui ont le mieux résisté, avec les liens pros.

Aujourd'hui, je loue un appart lumineux et immense pour ma fille, mon chat et moi. Et quelques poissons rescapés. Des livres. Des fleurs. Un piano. Ma combi de plongée, nos skis, nos affaires de cheval, quelques clubs de golf sagement rangés qui signent mieux que tout combien nous n'appartenons déjà plus au commun des mortels... Le gentil technicien d'EDF s'était écrié "oh, on pourrait mettre trois familles ici". Je n'ai pas osé dire que nous serions deux. Des tas de petits sachets de chez Kokopelli. Des magnets du Parti Pirate sur le frigo, quelle snob, je pourrais aller au NPA. Peut-être qu'ils ne voudraient pas de moi, comme le crédit coopératif qui refuse mes sous.

"Êtes-vous capable de vivre seule?"

Capable? Certainement, oui, je vais savoir mener ma barque, prendre soin de marmousette. Travailler, gagner de l'argent, beaucoup plus que la plupart des gens. C'est indécent. En même temps, je suis une femme, seule, et mère. Je vais travailler moins, pour investir d'autres champs, au propre comme au figuré. Ou pas, et j'vais faire du fric et d'la déprime. Possiblement les cumuler.

Sauf que je trouve ça nul, triste. Je pourrais avoir plein d'amis, une vie sociale plus riche, réouvrir ma maison. Oui, ce serait un bon début quelle que soit la suite. J'ai plein d'idées séduisantes, utiles, et je ne sais pas trop encore avec quel courage elles vont avancer. Y en a de toutes les tailles et tous les budgets, il faudra juste choisir à un moment. Ça fera une vie riche. N'empêche.

J'aime aimer. Il n'y a rien à faire. J'aime avoir des gens à choyer, à câliner, des je t'aime à distribuer tout au long de la journée.

C'est ce qui me manque le plus. Aimer.

C'est moche.

Tout cet amour à donner qui tombe dans l'oubli.

jeudi 5 novembre 2015

De la nécessité de l'anamnèse chez l’hystérique déprimée

Je la vois rentrer dans le bureau, toujours jolie malgré son air un peu hagard et sa présentation bien moins que soignée. J'ai un énorme dossier sous la main, vieux de plusieurs années. Les diagnostics de syndrome anxio-dépressif et d'hysterie apparaissent presque en clair dans la partie médicale. Il faut quand même réussir à démêler les pattes de mouches de mes prédécesseurs, qui ne l'ont pas vue depuis un bon moment...

J'aime bien savoir pourquoi les gens atterrissent dans mon bureau, alors je continue à fouiller, jusqu'à tomber sur les notes de la psycho qui la suit depuis des années, et c'est le cas de le dire, pour suivre, elle suit. Il n'y a que des pages et des pages de "vu le ". Sauf à la fin, trois lignes sur des "défenses maniaques" qui sont un peu trop intenses là, et qui ont amené la psychologue à demander un avis médical.

Et donc, la dame, devant moi, avec ses yeux pleins de larmes et qui tremble comme une feuille. Manifestement, le temps de lui trouver un RDV, les défenses maniaques se sont bien effondrées. Comme quoi, ça défend pas si bien que ça, ces choses là.

"Je fais de la dépression depuis 30 ans."

- Ah? Ça a commencé comment?

- Le 27 juin (déjà mon cerveau tique), j'étais au travail, j'étais secrétaire dans un garage, j'ai eu la diarrhée.

Je ne vous cache pas que je suis un peu perplexe là, et un peu sur ma faim quant à la dépression. Je l'invite à continuer.

Elle a perdu la marche ensuite, elle a été hospitalisée, et ils ont posé le diagnostic de dépression. C'est qu'elle était tellement fatiguée, vous comprenez. D'ailleurs elle a mis 6 mois à remarcher complétement. c'est pour ça qu'ils ont aussi posé le diagnostic d'hystérie. Depuis, et ça fait donc 30 ans, elle est sous antidépresseurs. et en invalidité.

Et par périodes, elle ne dort plus, passe ses nuits à faire le ménage de fond en comble dans sa maison, ou elle recouvre tout son jardin de guirlandes et de lampions. Enfin, en ce moment, plutôt, elle ne sort pas du lit, ne se lave plus, ne mange plus, ou alors des raviolis froids à même les boites de conserves, dans sa chambre aux volets toujours fermés. Elle ose à peine me parler, n'arrive pas à me regarder dans les yeux et tremble toujours comme une feuille sur sa pauvre chaise de CMP.

Alors, ok, aujourd'hui, elle est déprimée, ça ne fait pas de doute. Enfin, quand même, moi, la dépression qui commence un jour précis par une diarrhée, et se poursuit par une paralysie, ça m'évoque plutôt un truc neurologique, et j'ai un nom dans la tête, mais comme c'est loin tout ça, je vais vérifier sur google avant de lui dire, histoire de vérifier que des formes incomplètes qui vont pas jusqu'à la paralysie des muscles respiratoires ça existe, apparemment oui.

Pour ce que ça coute aujourd'hui, je lui dit que je crois qu'elle a fait un Guillain Barré. J'évalue dans ma tête la possibilité qu'elle ai su à l'époque qu'un tel tableau existait... et je me dit.. euh, non. secrétaire dans un garage, famille pauvre, pas de médecins autour, peu probable qu'elle ai pu simuler, ou faire une conversion sur un tableau dont son cerveau ignorait jusqu'à l'existence.

N’empêche que maintenant, j'ai au minimum un beau tableau de trouble bipolaire II, pas très amélioré par 30 ans d'antidep... et une nana complétement flippée, paralysée par ses angoisses. Elle me dit oui, un peu trop, et probablement qu'elle me dirait aussi oui si je lui disait que je la vois comme un alien rose à pois verts.

Je lui propose d’arrêter les antidépresseurs et je lui prescrit un bilan, et un thymorégulateur. Que la pharmacie refusera de lui délivrer! La pharmacienne s'écrie, oh là là mais c'est beaucoup trop fort. La carbamazépine, ce terrible psychotrope!

Elle revient en consultation, toujours déprimée, toujours sous antidep, et gentiment, calmement, on refait un peu de clinique et de psychoéducation, et je lui laisse le choix. Comme d'hab. En sortant, bizarrement, elle se redresse un peu et me regardant presque droit dans les yeux en me serrant la main "vous savez, pour la première fois j'ai pas eu peur, j'ai pas fait ce que vous m'aviez dit et j'ai pas eu peur que vous m’engueuliez".

Ça me laisse un gout bizarre dans la bouche. Je ris et je lui réponds qu'il y a en effet peu de chance que je l'engueule jamais. Mais quand même, le drôle de gout.

Évidemment, elle va faire des vertiges cognés sous carbamazépine. Je vais prescrire du valproate, et c'est le généraliste qui va s'y opposer. Je commence à me demander ce que c'est que cette blague.

En tout cas, elle vient aux consults, on débroussaille un peu les relations familiales, entre deux explosions de larmes et trois effondrements. Évidemment, carence et maltraitance dans l'enfance des deux parents. Aujourd'hui c'est son fils qui la maltraite verbalement et physiquement, soutenu par son mari. Et elle le porte aux nues, s'inquiète pour lui, se met en quatre pour lui. Sa fille, juste, l'insulte. Et c'est dingue, cette nana, là, dans mon bureau, avec moi, elle est normale. Elle est super déprimée, mais relationnellement, y a rien de bizarre, nada, quetchi.

Alors je fais un truc fou. Je lui propose une hospitalisation, dans mon service fermé, pour qu'on instaure un traitement sans que la pharmacienne ou le généraliste nous fassent suer, qu'on puisse manager les doses, les effets secondaires, tout ça. Je la préviens, que c'est un service fermé, des gens sous contraintes, parfois c'est un poil agité et sportif... mais je serais là.

Elle arrive avec son mari un bel après midi et se fait accueillir bruyamment par une de nos mascottes, un patient schizophrène qui n'a rien trouvé de mieux que de cumuler avec une démence à corps de Levy. Je propose un rdv deux jours plus tard au mari, et on accueille notre patiente au fond du gouffre.

4 jours après, elle est métamorphosée. Et je sais bien que c'est pas les 250mg*2 de valproate qui peuvent être en cause. Elle est souriante, en lien avec les infirmiers comme les autres patients, même ceux qui lui ont fait peur. Et elle est terriblement normale, gentille, adaptée. Aucun signe d’hystérie, même si je sais bien qu'"elles peuvent tout faire", comme m'a si bien appris un de mes maitres quand j'étais jeune interne. Et elle n'a plus d'angoisses, dort bien -on lui a enlevé le portable contre lequel elle dormait au cas où il arrive quelque chose à son fils- , elle parle de tout ce qu'il y a de beau dans le monde, des choses qu'elle aime et qu'elle pourrait faire dehors, de ce qui lui fait envie.

Entre temps, moi, je l'ai vue avec son mari. Un homme charmant, plutôt bel homme, qui me décrit en effet des épisodes hypomanes d'une semaine trois à quatre fois l'an, et tout le reste du temps un état dépressif qui a même contaminé le chien: "il reste couché avec elle et refuse de sortir se promener".

Charmant.

Et je l'ai vue, elle, quand il est rentré dans la pièce. J'ai vu ses yeux, j'ai vu comment elle se recroquevillait sur sa chaise, comment elle ne savait d'un coup plus parler, comment elle tremblait à nouveau.

Je le lui ai dit, à elle. J'ai mis des mots sur la peur que je voyais suinter de partout face à lui. Alors, elle m'a raconté les menaces, les coups, les viols. "mais c'est fini ça docteur maintenant". Fini, oui, juste les insultes quotidiennes, le discrédit, le stigmate et quelques agressions sexuelles pour bien lui rappeler qu'elle est sa chose et qu'elle lui appartient.

Je lui ai proposé de l’hôpital de jour, pour qu'au moins elle puisse être un peu dans un lieu safe quelques heures par semaine. La pharmacienne, le généraliste, les proches ont crié au scandale, elle était bien au dessus de tous ces fous à l'hôpital de jour. Elle y est allée, assidument, comme une bouffée d'oxygène. Elle en a pleuré devant la gentillesse d'une infirmière face à un patient qui avait renversé une bouteille sur son sac. "Ce n'est pas grave, on va essuyer". Merde, c'était donc comme ça qu'on se comportait dans le monde.

On a beaucoup parlé de ce qu'elle voudrait pour elle, des moyens de revivre "à mon age docteur..." Il n'y a plus eu d'hypomanie, ni de dépression sévère, avec un traitement complétement sous-dosé. Mais elle ne partait pas. Elle est venue un jour avec des marques d'étranglement. Je n'ai pas vraiment mâché mes mots. Je lui ai dit qu'il allait la tuer, que la seule question c'était quand. Évidemment, maintenant, lui dire de se suicider, ça ne marchait plus...

Et j'ai annoncé mon départ. Elle a pris des coordonnées et appelé une avocate spécialisée.

"Vous ne serez plus là pour me soutenir, je ne veux pas rater le coche"

mardi 3 novembre 2015

La dépression résistante en une consultation

Elle est rentrée, toute tremblante et un peu agitée dans le bureau du CMP. Déjà touchante, cette grande et belle femme à l'allure de petite fille.

"Voilà docteur, j'ai une dépression résistante au traitement." Après les sérotoninergiques, elle prenait consciencieusement son IRSNa tous les matins, à dose efficace, c'est dire. Elle voyait un des psychologues du CMP, psychanalyste pur sucre, toutes les semaines. Depuis... ouh là... des années

Elle a commencé la longue litanie de ses peurs, de ses pleurs, de ses évitements. Elle a poursuivi sur le père "schizophrène" qui vivait reclus dans sa cuisine avec son injection de neuroleptiques, revivant inlassablement les mêmes scènes de la guerre d'Algérie... son unique "délire"... Sur sa mère décédée, cette femme si parfaite et tellement tyrannnique, qui les avait élevés, elle et ses frères et soeurs, dans la crainte et le rejet du monde extérieur. Quand on a vu ses parents se faire égorger par ses oncles et tantes, forcément, ça aide pas la confiance.

Et donc, à la génération de ma patiente, elle m'a raconté la soeur anorexique, les frères alcooliques. Et elle, qui se mourrait d'angoisse.

De signes de dépression, je n'en ai point vu. Et je le lui ai dit. Je lui ai aussi dit que je doutais un peu de la schizophrénie du père, au passage, ça ressemblait quand même beaucoup à un vieux stress post traumatique cette histoire.

"C'est normal que le traitement ne marche pas, ce n'est pas une dépression dont vous souffrez. Vous pouvez l’arrêter d'ailleurs"

Alors on a discuté de ce qui se passait, des tentatives vaines pour maitriser l'angoisse, de toutes ces choses terrifiantes dans la vie. De tout ce qu'elle n'avait pu expérimenter enfant, qui lui manquait aujourd'hui pour faire face. Je lui ai prescrit un bouquin, et je ne m'en suis plus trop occupée.

Elle est revenue tous les 15j/3semaines, se métamorphosant tranquillement. D'abord le sourire, ensuite la position, ce dos qui se redresse imperceptiblement, et je me suis fait la remarque que c'était vraiment une belle femme. Elle a lâché à un moment qu'elle avait arrêté de voir le psycho. Que quand même, ça la rendait plus mal à chaque séance. Et là, elle était occupée à ressortir, à laisser ses enfants sortir et vivre, pour leur plus grand bonheur. Elle m'a beaucoup parlé de sa soeur anorexique, de si je pouvais l'aider aussi, même si elle n'était pas de notre secteur.

Je l'ai vu 6 fois, en tout. A la cinquième consultation, au bout de 3-4 mois, on s'est dit mutuellement qu'elle allait bien. Elle était sortie de l'enfance. "Tout ce que j'ai fait, personne ne me l'a imposé, c'est moi qui l'ai accepté. Ce n'est pas la faute de ma mère, ni de mon mari, ou de quiconque". Reprenant le contrôle de ses actes, et la responsabilité de ses sentiments, elle n'avait plus besoin d'essayer de contrôler la vie, le monde, ses proches.

Je lui ai demandé ce qui l'avait aidée. "Le livre que vous m'avez prescrit". J'avais même oublié que je l'avais fait. Alors on a pris un rdv pour dans 3-4 mois, histoire de vérifier que ça tienne.

Elle a appelé pour annuler. Je savais que j'allais partir, le planning était archi bouché. "Je suis désolée docteur j'ai RDV pour ma première chimio jeudi... Je vais bien vous savez, j'aurais juste bien voulu vous voir pour en parler". Alors, parfois, on trouve des créneaux insoupçonnés, quand on sait qu'ils seront bien utilisés.

J'ai vu rentrer cette nana sublime, qui s'était rasé la tête en préventif, lumineuse, sereine. Elle a rempli tout le bureau de sa lumière (et non, j’entends les mauvais esprits, elle avait pas commencé la radiothérapie!). Elle m'a remerciée, elle m'a dit qu'elle allait bien, que ça se passerait bien. Qu'elle avait une chance énorme d'affronter ça maintenant qu'elle allait bien. Que toute sa famille était sur le cul de sa force. Et ça la faisait rire tendrement de les voir si étonnés, portés par elle. Bien sur qu'elle avait un peu peur... Elle ne se voyait pas forte. Juste chanceuse d'être là, consciente de sa vie, de son mari et de leur relation si porteuse, de ses deux beaux enfants, reconnaissante de chaque chose. J'avais juste envie de lui laisser la place derrière mon bureau.

Elle m'a annoncé son protocole de soins, et mes souvenirs de cancéro m'ont fait dire que non, la chirurgie prévue après des mois de radio chimio, c'était probablement pas bonne limonade. Je n'ai rien dit de mes craintes. J'ai dit mon admiration sincère pour le chemin qu'elle avait parcouru, ma tristesse du cancer et ma joie de la voir si pleinement présente et engagée.

Alors on s'est dit adieu, avec beaucoup de chaleur.

Le livre? C'était Faire face à la souffrance, de Benjamin Schoendorff

L'homme qui traitait le trauma qui n'existait pas

Il est venu me voir un jour, penaud et un peu timide, parce qu'il s'était mis à boire. Avec sa cirrhose post-transfusionnelle et ses 40 000 plaquettes à même pas 40 ans, c'était vraiment pas une bonne idée. Il s'était mis à boire pour oublier, oublier ce qu'il avait vu. Oublier qu'il avait vu ses deux gamins se faire examiner par le légiste. Deux ans de viols par leur nounou.

Et jour après jour, nuit après nuit, il entendait ses deux loupiots raconter par le menu la liste des sévices, et il revoyait leurs petits corps sur la table blanche, et les mains du légiste sur eux.

Un vrai gentil ce papa, vraiment, trop peut-être. Une histoire pleine de pas de chance avant ça, et aucun trauma personnel. Disait-il. Mon petit doigt tiquait. Enfin bon, si je commence à l'écouter, où va t-on. Alors on a fait comme d'hab, d'abord connaissance, un poil d'alliance, un soupçon de psychoéducation, et on a pris un prochain RDV pour une première séance d'hypnose.

Il est rentré en transe tranquillement, et on a commencé à faire défiler le film de l'examen de l'ainé, d'abord tel quel, puis, passage après passage, il l'a modifié jusqu'à ce que sa mémoire puisse l'accepter. Il a changé de place dans la scène, a quitté des yeux les fesses de son gamin pour revenir à côté de lui, à sa tête, et caresser ses cheveux blonds, il a mis une bande son, sa musique préférée, pour couvrir sa voix. Petit à petit, les réactions émotionnelles se sont estompées, et il est revenu, tranquillement.

On a papoté, on a repris rendez-vous. Une deuxième séance pour le film du petit.

Il est rentré dans le bureau, s'est assis sur la chaise contre le mur jaune. Je n'ai même pas eu le temps de m'assoir qu'il était déjà parti. Ses yeux ouverts sur le mur ne le voyaient déjà plus. Je me suis sentie un peu conne, et j'ai un peu flippé. Il était où? Il avait parlé toute la première séance, ce qui avait rendu le fait de l'accompagner très facile. Là, il y avait ce corps abandonné sur une chaise, parcouru de réactions émotionnelles violentes, et ces yeux qui me regardaient sans me voir. Bon... alors j'ai plongé, avec lui, sans savoir où, sans savoir quoi, juste, ne pas le laisser seul. Alors ma voix a repris son office, et j'ai mis des mots, des mots triviaux sur les émotions qui apparaissaient, des mots de ponctuation et d'encouragement. et petit à petit, les secousses se sont calmées, ma voix a pu intensifier pas à pas l'apaisement qui se faisait jour. Il est revenu, aussi brutalement qu'il était parti. Tout penaud, s'excusant.

"Je ne sais pas où j'étais". Il n'a pas pu en dire un mot, ni en ramener une seule image. Juste, il n'y a plus eu de reviviscences. Il n'a plus eu besoin de boire, ni de prendre d'hypnotiques.

Je ne saurais jamais. Mon petit doigt me dit qu'il a traité un trauma à lui, un trauma d'avant les mots, d'avant la conscience. Et à vrai dire, on s'en fout un peu des histoires que se raconte mon petit doigt. On s'est revu quelques fois pour discuter de comment reprendre sa place de père, du procès qui viendrait.

Et puis on s'est quitté, se disant que peut-être il aurait besoin à ce moment là.

Ou pas.

Méli Mélo

A l'heure de me souvenir que des fois je fais mon job, petit questionnaire pour savoir dans quel ordre vous raconter:

  • L'homme qui traitait le trauma qui n'existait pas
  • La dépression résistante en une consultation
  • De la nécessité de l'anamnèse chez l’hystérique déprimée
  • La casse couille qui n'en était pas une
  • Disney-psychose

Des avis?

mardi 24 février 2015

La vie rêvée

Je me lève, tôt. J'allume le four, met de l'eau à chauffer pour le thé, le café. Je vais nourrir les animaux: les chevaux, les poules, peut-être même quelques chèvres. Je retourne au chaud dans la maison, met du pain, ou des brioches au four, et file réveiller les enfants et me laver. On déjeune, tous ensemble dans la bonne odeur de pain chaud, les effluves de thé, café, chocolat...

En route pour l'école puis une fois les enfants posés, en route pour mon cabinet. Des consults jusqu'à 15h, une dizaine, juste le temps d'aller nager avant de récupérer les loulous.

On goute, on file au jardin, évidemment permaculturel, on s'occupe des animaux, on part se balader à pied, à vélo, à cheval... on rentre faire les devoirs, puis direction le bain ou la douche des petits, le pyj, le temps libre pour jouer, lire pendant que le repas cuit. On mange, ensemble, s'écoutant autour des évènements notables du jour, les petits malheurs et les grands bonheurs.

S'ensuit un temps calme câlins et histoires avant d'aller au lit pour les plus jeunes qui rejoignent morphée. Peut-être même qu'on s'installe tous en rond sur nos zafus et qu'on cultive l'attention bienveillante.

Reste aux adultes la soirée: chorale, réunion politique, soirée jeux ou soirée en amoureuse? Il faut de tout pour faire un monde, et varier les plaisirs!

Se coucher, pas trop tard, au fond du lit moelleux, avec la sensation du devoir accompli, des pas en accords avec soi.

Est-ce si loin de ma vie actuelle? Où suis-je en désaccord? Qu'est-ce qui n'est pas entre mes mains?

mercredi 14 janvier 2015

L'extension du domaine de l'horreur

Demain peut-être je ne serais plus là.

Je n'ai pas eu peur depuis trois jours où tout le monde s'agite autour des menaces reçues.

Et puis, la tension monte, je relis le mail d'une rare violence, anonyme mais signé par les persécuteurs que l'auteur désigne, mes collègues me demandent ma "stratégie" pour demain où je vais le voir.

On a une bonne relation je crois. On travaille depuis quelques mois, de manière franche et ouverte pour améliorer le présent. Pour qu'il soit différent du passé.

Alors, je n'arrive pas à imaginer que ce type me fasse du mal, qu'il déboule armé pour nous dégommer tous, et moi dans le lot.

La peur est un poison insidieux, elle commence à se glisser dans le moindre interstice. Et si je me trompais? Si la qualité de notre relation ne résistait pas à sa folie, à sa douleur?

Alors je mourrais, trompée par mon égo. Comme j'ai vécu en somme.

Je mourrais par excès de confiance, Comme j'ai choisi de vivre, de travailler.

Je ne sais pas si les graines que nous avons semées sont suffisamment solides, et je ne pourrais pas savoir avant de le vivre.

Et si je me trompe... les conséquences... ma fille... est-ce que j'ai le droit de vivre selon ce que je crois en prenant le risque de me tromper à ce niveau-là de danger? Est-ce que j'ai envie de lui apprendre d'obéir à la peur? Est-ce que là pour le coup il n'y a pas du danger? Après tout, il a déjà été violent...

Je n'imagine que 3 hypothèses. Il ne vient pas, la police va l'identifier et fera son job. Il vient très mal, je vais le voir dès la salle d'attente et on va réussir à trouver une solution ensemble. Il est revenu à la raison, et on va pouvoir discuter. L'hypothèse où il vient froidement nous descendre, je n'arrive pas à l'envisager. Pourtant ça arrive, parfois. Et je ne peux pas y croire. C'est impossible de concevoir qu'il puisse avoir perdu à ce point le lien aux personnes réelles que nous sommes pour ne plus voir que les cadavres fantasmatiques de sa toute-puissance, de sa jouissance.

Impossible à penser, malgré le doute. Il dit lui-même qu'il jouit de notre peur, nous menaçant de sévices sexuels (et je ne peux qu'y lire des sévices qu'on lui aurait imposés, ça rentre si bien dans les trous de l'histoire qu'on a pu me raconter...), en plus de la tuerie. Impossible que le gars qui était tout embêté et presque choqué qu'on mai demandé des comptes lors de son dernier courrier au directeur me fasse du mal, pas à moi... Serais-je noyée demain dans la masse de "la psychiatrie"? La police aura t-elle-eu le bon gout de l’arrêter avant?

Lui dirais-je que j'ai du lutter contre la peur, que j'ai douté de moi, de mon diagnostic, de la qualité de l'alliance entre nous? Demain, nous verrons.

Ceci est un effet collatéral de l'attentat contre Charlie Hebdo. Voir la souffrance des vivants, ça fait jouir les impuissants. Tuer, et être tué, c'est tout ce qui leur reste pour n'être plus insignifiants.

samedi 23 août 2014

Les mains sales

Je tombe sur un vieux billet de KnackieSF et un lien vers un article sur un "artiste" qui se vante et raconte tout excité comment il a violé une masseuse, tout en déniant que ce soit un viol. Je n'ai même pas regardé la vidéo de la scène et je suis repartie à ma cuisine en maugréant comme madame Michu sur ce "connard".

Et là je m'entend lui proposer d'imaginer que cette masseuse, c'est sa fille. Evidemment j'ai tout un tas de stéréotypes qui se dressent sur le fait que de toute manière ce connard n'est pas capable d'aimer. Comme si les violeurs étaient des monstres sans coeur. Comme ce serait rassurant... Mais non, les violeurs c'est vous, c'est moi, c'est tous ceux qui ont saisi l'occasion de faire les larrons au détriment d'un plus faible. Ouais, ok, souvent une. Ne me demandez pas pourquoi, comment. Sans doute qu'on les a éduqué comme ça, qu'on leur a bien appris que c'était un excellent outil de pouvoir. Bref...

Je me questionne sur ma propre pensée. Pourquoi ne pas lui proposer, en guise d'explication, comme certains commentateurs (des hommes) d'être lui-même violé? Pourquoi passer par un tiers et le sentiment pour un tiers?

Parce que je suis plus atteinte par ce qui arrive aux autres? Ma femme ma fille et toutes mes soeurs?

Manifestement, je suis toujours dissociée. Le viol déshumanise si bien que je n'existe pas, et que je projette sur ce connard cette impossibilité à ressentir pour soi. J'ouvre les yeux sur ce froid et ce vide à l’intérieur de moi, cette coquille polie, brillante et souriante dehors, ce coeur qui n'est plus capable que d'empathie pour autrui, et ce mur de colère qui se lève si fort parfois, sans que je comprenne pourquoi...

La dissociation, mon dada, ce truc que je lève si bien avec mes patients? Là, sous mon nez, mes propres yeux crevés? Et ma très chère qui s'étonne juste après l'orgasme "tu es toujours si maître de toi, nickel..." Je me souviens des fois où je ne l'ai pas été, recroquevillée, en larmes, après l'amour, sans pouvoir mettre un mot, un son ou une image sur ce qui m'arrivait. La dissociation, c'est plus confortable. J'arrive à n'être là que pour l'autre, branchée sur tous ses sens. C'est mon état de base en ce moment, et depuis un moment je le crains.

Je n'ai même pas de souvenirs. Une image, d'une petite blonde aux cuisses écartées et d'un grand père aux doigts sales, pleins de terre. J'ai longtemps hésité: la blonde c'était moi ou ma tante, celle dont personne n'ose dire l'histoire? Etait-ce une reconstruction dans ma tête d'enfant?

J'ai longtemps regardé mon grand pere de biais. Celui qui me restait. L'autre, le violent, l'infidèle, l'incestueux, on ne me l'a pas laissé voir seule. Deux fois dans toute une vie, chaperonnée par tous mes cousins cousines. Je me souviens de ma robe bleu marine, et de mon col claudine, la deuxième fois. Bref, pépé, il a un peu morflé. J'ai même balancé à ma mère que peut-être il m'avait agressé, que je ne lui avais pas adressé la parole de 5 à 10 ans -on vivait dans la même maison!- et qu'aucun ne semblait s'être questionné. "Je ne sais pas, je suis désolée" a t-elle dit, continuant sa vaisselle.

Et puis il y a quelques mois, je suis allée présenter ma fille aux voisins. qui frisent dangereusement les 90 ans. Il etait là, mon voisin de mon enfance, l'adorable monsieur M, le paysan si gentil, si gentil. Et je l'ai vu regarder ma fille, mon bébé de fille de 2 ans, si gentiment. Et je me suis sentie mal, si mal à l'aise... après. Je n'ai pas recollé les morceaux. Sa tête colle bien dans l'image. Les doigts pleins de terre aussi.

Je me souviens des autres agressions. Je me souviens de la directrice de colo qui aurait du me défendre et qui m'a renvoyé que je n'avais pas qu'à m'isoler.

Je me souviens que je ne me souviens plus de ce qui s'est passé quand un mec est rentré dans ma piaule alors qu'un autre venait de glisser sa tête entre mes cuisses. Je me suis reveillée, transie de froid, coincée entre le mur et le type en calbut. On en n'a jamais reparlé, on est devenus amis, on a fait médecine ensemble, on a couché avec la même fille, lui beaucoup plus longtemps que moi!

Probablement que là aussi j'ai du me dissocier sévère.

En écrivant, ce soir, au moins, je sais pourquoi je ne supporte pas les mains sales.

vendredi 4 juillet 2014

pas d'passé, pas d'av'nir

Parfois je m'imagine sans vie, et j'en imagine une nouvelle.

Comme si je me réveillais un beau jour avec une nouvelle identité, plus d'attaches nulle part. Où irais-je, que ferais-je, nouvelle née adulte?

Étrangement seule, il n'y a pas grand monde dans les images de ma tête. La garrigue, des chevaux, des livres. Une maison de pierres et de bois, claire, chaleureuse et une hôte détachée, bienveillante.

Les autres sont flous, rapports cordiaux et certainement pas intimes. Il y a mes pas et le bruit du thym sous mes pas. Vieilles réminiscences de ma prime enfance dans les montagnes varoises, au pays de mon tonton cacaboudin, le temps de l'insouciance, de la sécurité... va où tes pas te portent, nous serons toujours là pour veiller sur toi...

J'ouvre les yeux et je vois. L'évitement. Ne pas s'exposer à la douleur, à la culpabilité. Plus jamais le monde ne sera simple. Je ne suis plus seule. Mes pas résonnent dans les vies de ceux qui m'aiment, dans celles de ceux qui me sont liés.

Et ma fille, ce petit bodhisattva, à qui je dis un soir qu'elle prenne soin d'elle, qui tend sa minuscule main vers mon visage, plonge ses yeux noirs dans les miens, "et de toi".

Non, le monde ne sera plus jamais simple. Il peut juste être riche et fort de gestes et de paroles importantes.

jeudi 3 juillet 2014

En passant par la psychose

Ils y passent, mes jeunes patients, et lui va y trépasser.

Il compte déjà plus d'internements en psy que d'années. Et il n'a commencé qu'à la fin de l'adolescence. Et il rationalise, c'est l'adolescence, les toxiques, les parents si doués pour manipuler tous les services de soin. Il a passé ses dernières années vie a arrêter ses traitements, rechuter dans le mois qui suivait, être ré-interné... et rebelote, inlassablement, quels que soient les médecins, quels que soient les approches.

Foirant ses études, ses boulots, ses relations.

On a toujours dit qu'il était intelligent, et c'est vrai, qu'on a envie de le croire. Les juges des libertés y ont cru, plusieurs fois. Il a arrêté les toxiques. Ca a tenu plus longtemps avant la rechute. Il a répondu au traitement rapidement, au moins pour les troubles du comportement. On a passé des heures à parler du sens de son délire, de ses mécanismes, de comment ça s'inscrivait dans son histoire. Voir la famille, réussir à faire entendre qu'il fallait se laisser de l'air.

J'ai arrête les traitement "pour observer ensemble". On a fait une grille d'observation, ensemble, à remplir lui, moi, les infirmiers, ensemble vraiment. Et les premières semaines, rien. C'est vrai, il avait réponse à tout, pas de place pour le doute. Il ne délirait que sur l'extérieur, un extérieur bien connu pour être pathogène. Les éléments du délire bougeaient, ça se détendait et se scindait d'un côté pour se rigidifier de l'autre. Le comportement et les interactions dans le service restaient impeccables, adaptées.

Des petites bizarreries sont apparues, une méfiance... et le délire a explosé sur l'équipe.

Plus personne pour me raconter sa folie, juste à ouvrir les yeux, le voir envahi, déraisonnant complètement. Assez présent pour me dire qu'il comprenait que je ne puisse le croire, tant tout ce dont il accusait l'équipe était "fou", et me suppliant de le croire tout de même. Projetant partout toutes ses problématiques, incapable de distance entre ses émotions terribles et notre pauvre réalité.

Il s'est posé.

Sous traitement.

Je l'ai un peu retrouvé, rationalisant toujours, reconnaissant des bouts de trucs, d'être "passé par la psychose" sous le coup du stress.

Il a recommencé à refuser son traitement. Il a été charmant, les premiers jours. Nous avons même plaisanté sur l'efficacité capillaire de son neuroleptique, le jeune psychotique hirsute s'étant retransformé en jeune homme bien coiffé. "tout va bien, tout va bien se passer" me répète -il comme un mantra, sourd et aveugle à la réalité. "Donnez-moi ma liberté et tout ira bien". Je lui rappelle qu'il l'avait, qu'il ne prenait pas de toxiques, que la famille n'était pas là... et qu'il est, là encore, "passé par la psychose"

Ça revient, déjà. Si tant est qu'elle soit jamais complètement partie.

Et je me vois perdre patience, désespérée de tout ce gâchis, ce mec qui pourrait vivre sa vie et qui préfère tout foirer et venir crier sa souffrance contre nos murs prisons... incapable de faire une place à cette prison de vide à l’intérieur de lui.

La folie, au moins, ça existe. Avec elle il rêve sa vie.

Et nous, coupeurs d'ailes, qui voulons le jeter dans le vrai monde, ce lieu terrifiant où il faut être adulte...

mardi 8 avril 2014

Le parti Lesbien, part II

Un, deux puis trois appels pour avoir des news. Çà filtre ou botte en touche de l'autre côté. Je lance une amie commune dans la danse, peut-être qu'elle obtiendra des infos... Toujours ce silence, complètement fou, complètement dissonant avec les entretiens. Suis-je complètement folle ou désadaptée? A ce point sortie de la réalité? Je prends sur moi, n'écoute pas ma paranoïa, et de ma plus calme plume, j'envoie un mail.

Mon téléphone a fini par sonner. La voix est amicale, chaleureuse, et désolée. Il me tutoie, me dit qu'il aurait vraiment voulu bosser avec moi, mais qu'ils ont voté, tous à égalité. Que le silence, c'était le temps de réussir à se mettre d'accord.

Je suis "trop". Trop qualifiée, compétente, énergique. Ils ont peur que je m'ennuie, et que je fasse la révolution. Un poste tranquille dans un truc qui ronronne. Ils ont peur que je le change. Alors les compères ont choisi une jeune interne, sans expérience et sans doute très gentille.

Trop charismatique aussi, me dit la voix doucement.

Quelque chose me dit que si j'avais été un mec, ils n'auraient pas eu peur de mon CV bourré aux amphets. Çà n'aurait pas remis en cause leur virilité. Et si j'avais été douce et gentille, plus "féminine", là aussi ça passerait. Mes longs cheveux, mes mains fines, ma petite veste, le collier et les talons ne suffisent pas à masquer mon autonomie, mon indépendance et l'absence totale de rapport de séduction avec les mecs.

Peut-être qu'il est sincère, celui qui me parle d'un prochain poste, où là mon expérience serait bienvenue... la petite voix dans ma tête commence déjà à lister leurs prochaines excuses... je ne vais pas l'écouter, la petite voix de la paranoïa, je vais renvoyer un mail, remercier, les féliciter de m'avoir si bien cernée et être désolée que ça n'ai pas convenu cette fois-ci et parler déjà de la suite.

Pas sure que ça suffise à les rassurer, les petits.

J'ai été si mal habituée, faut dire, dans mon équipe de CHRU, chouchoutée par un chef exigeant et d'une loyauté sans faille, dans une équipe où nos sexes et nos sexualités n'étaient qu'une source de blague, où quels que soient nos genres, l'important était la qualité de notre travail. Bordel, ce qu'ils peuvent me manquer, mes collègues. Tous overtypés, tous différents, complémentaires et solidaires...

Là-bas je pouvais être un "mec" aux gros seins et aux cheveux longs, j'étais juste un excellent élément dans une excellente équipe. J'en ai oublié que j'étais une fille. Apparemment, ici, elles doivent respecter les "codes". Je suis pas prête à me vendre sur ce plan là. Va falloir la jouer fine. J'ai pas envie de lâcher l'affaire.

dimanche 30 mars 2014

Le parti Lesbien

knackieSF sur twitter m'a demandé en riant si je me présentais pour le parti lesbien. je me suis étouffée de rire.

J'appartiens aujourd'hui tellement au monde des dominants que je ne pense même plus à ce bout de mon identité. Tellement sure de moi que je suis out comme je suis chatain, un détail, même pas mentionné. J'oublie. Pourtant il y a bien des occasions de se le rappeler. La complexité de ma vie devrait me le rappeler assez souvent. Ca glisse.

Peut-être pas pour tout le monde. Il y a quelque mois je me suis retrouvée à postuler pour un poste dans le privé, un très grand groupe. Ils avaient tous l'air emballés à tous les entretiens. Et puis le silence, inexplicable, et un non tout nu, un peu embarrassé "ça ne tient pas à vos compétences". Ok... à ma personnalité alors? Je n'ai jamais su.

Et puis je récidive. Un autre poste. "L'entretien" se passe au restau avec les autres médecins, c'est très sympa, on parle du boulot évidemment et de tous les collègues-amis qu'on a en commun, mais aussi de jardins partagés, de voiture hybride... et des autres candidatures et le chef demande aux autres si ils sont ok pour voir la derniere candidate prévue et arreter le recrutement? Je vois le directeur dans la foulée, ça n'était pas prévu, mais il parcourt mon cv les yeux brillants en me disant que ce n'est pas lui qui choisit mais que c'est exactement mon profil qu'ils cherchent, et, au fait, est-ce qu'un accord par tel ça suffira si on a pas assez avancé dans le processus de recrutement au moment où je dois poser mon préavis?

Je rentre plutôt confiante. Au niveau pro je suis très largement au dessus des deux autres qui sont vraiment toute jeunes. L'une cherche un CDD -leur a t-elle dit qu'elle partait?-, et c'est toutes les deux des filles. J'ai des soutiens externes, des soutiens internes, et je suis complètement qualifiée pour le poste. Et donc je transfère une candidature officielle pour ceux "du dessus", un autre encore plus gros groupe privé.

Et puis le silence. Je cogite un max. Il suffit de taper mon nom sur internet pour avoir accès aux pans entiers de mon passé de petite gouine militante.

Peut-être que ça ne fait pas assez propre pour le privé. Ils ne me le diront pas de toute manière.

lundi 24 mars 2014

Jeune, jour 5

J'ai bossé sans trop de soucis, seul médecin sur place, tous les patients pour moi et toute l'équipe. Pas de temps mort, pas de blabla, plutôt efficace. J'ai même eu un "merci, vous m'avez sauvée" plein d'emphase de la même patiente qui était totalement persécutée la semaine passée, bourrée d'hallus et tout le tremblement. Je ne suis plus une blanche raciste, ni une femme jalouse de sa beauté qui cherchait à la faire s'eteindre. Merci l'amilsulpride, efficace en 48h et sans effet secondaire.

Je me suis même fadée une réunion avec la direction où j'ai pas arrêté de l'ouvrir. On va voir s'ils font les changements qu'ils ont du coup annoncé. La financière a reconnu que les indicateurs qu'ils utilisaient n'avait pas grand sens au vu de notre travail, et du sens de celui-ci. D'ici à ce qu'ils se posent des questions. Je me suis amusée à regarder les chiffres non sous l'angle comptable mais sous l'angle qualité des soins, et là, ah bah mes collègues avaient bien bossé...

Mais, il y a toujours un mais.

Je ne sais pas si ça a un rapport. J'ai failli m'emplatrer un arbre. En me garant. j'ai tourné dans la place et puis titine a bondi, sauté le trottoir et foncé dans l'arbre. J'ai retrouvé le frein in extrémis. Plus de peur que de mal. J'ai appuyé sur l'accélérateur. A la place du frein. Jamais arrivé depuis que je conduis. J'ai bien flippé.

Ce matin j'ai senti des troubles du rythme, et là je suis assez sure du lien de causalité, j'en avais eu lorsqu'en faisant une diète hyperproteinée j'avais flinguée ma thyroide, basse T3 liée au jeune et hypothyroidie par surcharge en iode parce que je me goifrais de chou et d'eau de mer... Cette aprem j'ai vérifié, tout allait bien.

Alors j'hésite, est-ce prudent de conduire 100 bornes par jour à jeun depuis 5j? Meme si la cétose tourne bien et que ma glycemie se maintient? Les corps cétoniques me bousillent-il les neurones? Je m'en vais vérifier de ce pas, loin des sites extrémistes qui vantent les mérites du jeune... Enfin, je vais commencer par reprendre titine pour aller chercher ma très chère qui rentre de son voyage d'affaires...

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